Le cinéaste Éric Besnard semble avoir signé un contrat avec l’acteur Grégory Gadebois tant les deux artistes semblent ne plus se quitter. C’est le quatrième film commun avec le comédien en tête d’affiche et le réalisateur derrière le combo depuis 2021 et « Délicieux ». Et à la suite qui plus est! Il y a eu ensuite « Les Choses simples », « Louise Violet » et ce « Jean Valjean ». On ne rechignera pas tant leur association est source de films sympathiques et plaisants à défaut d’être inoubliables. Et, surtout, le rôle offert par le premier au second dans chacun de ses films est très différent. Même si Gadebois joue toujours des hommes bourrus de prime abord, il y a une variation sensible et indéniable dans chacun des personnages investis par l’acteur pour le réalisateur.
Adapter « Les Misérables » de Victor Hugo semblait en revanche peu judicieux au vu du nombre incalculables d’adaptations télévisuelles ou sur grand écran de ce roman, connu de presque tous. Surtout qu’un projet concurrent avec Vincent Lindon dans ce rôle est également en tournage sous la houlette de Fred Cavayé. Il semblerait qu’après le diptyque « Les Trois Mousquetaires », le film « Le Comte de Monte-Cristo » et avant « Belphégor », le cinéma français ait en tête d’exhumer ses classiques, peu importe leur provenance. Cependant, contrairement à des duels de sujets vus souvent au cinéma (allez, « Fourmiz » contre « 1001 pattes » pour n’en citer qu’un), l’angle choisi ne semble pas le même. Si Cavayé prend le chemin d’une adaptation ample du roman fleuve d’Hugo, Besnard choisit juste de retranscrire une partie des deux premiers tomes consacrés à Jean Valjean. Donc pas de Cosette, Fantine, Javert et consorts ici.
Le long-métrage du cinéaste fait le choix consenti et assumé de l’ascétisme formel. Dans son « Jean Valjean » tout est visuellement dépouillé, grisâtre, presque austère. Du cinéma formellement et volontairement minimaliste qui sied bien à cette partie du roman. Certains reprocheront un académisme poussif mais c’est ces choix radicaux qui donnent une certaine force à cette proposition sur un sujet rebattu. Mais austérité ne rime pas forcément avec tristesse ou laideur tant la mise en scène de Besnard est fignolée et réfléchie. La photographie dans les teintes de gris, les cadrages tantôt amples, tantôt resserrés ou encore des décors limités à l’essentiel rapprochant le tout du théâtre filmé donne un certain cachet singulier au film loin d’être déplaisant.
On ne pourra s’empêcher de louer la prestation de Gadebois dans un rôle qui semble fait pour lui (en tout cas à cette étape du cheminement du protagoniste, à voir s’il aurait bien soutenu les ses changements par la suite) et de ses trois coéquipiers. Si Isabelle Carré ne surprend pas, Alexandra Lamy et Bernard Campan excellent dans des contre-emplois méritoires. Le film est assez court pour ne pas s’ennuyer mais il souffre tout de même de quelques scories. Le tout paraît trop classique et stérile sur bien des aspects et il y a des soucis de montage avec les flashbacks qui tombent un peu n’importe comment en plus de multiples voix off peu pertinentes. « Jean Valjean » est donc assez réussi pour ne pas tomber dans les limbes des adaptations poussiéreuses et vaines mais trop imparfait pour être un indispensable.
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