Sexe timide.
Quand un cinéaste qu’on a aimé et qui a disparu des radars fait son retour c’est toujours un petit évènement et une saine impatience pour tout cinéphile. On doit à Gregg Araki des films indépendants américains typiques des années 90 devenus cultes avec le temps : de « The Doom Generation » à « Nowhere », le cinéaste underground avait marqué ce sérail avec ces œuvres impertinentes et subversives sur la jeunesse américaine entre sexe, drogue et perdition et tout cela sous une tonalité pop, colorée, grunge et plutôt empathique. À l’inverse d’un Larry Clark dans le même style, celui de la chronique d’une certaine jeunesse américaine, ou d’une série comme « Euphoria », ses films sont plus drôles et solaires. Ses dernières créations se sont faites plus adultes avec le toujours aussi fou « Kaboom » puis le sublime et mélancolique « Mysterious Skin ». Depuis, silence radio sur le grand écran pendant douze ans! Une période durant laquelle il a surtout tourné des épisodes de séries. Le voilà qui revient avec un film au titre évident et très raccord avec sa filmographie : « I want your sex ». Et il faut dire que l’attente n’en valait pas vraiment la peine tant, ce nouvel opus est à moitié réussi et un peu décevant. Comme si l’auteur avait raté le coche durant toutes ces années et n’avait pas pris le pouls de notre société comme il faut. En effet, son nouveau film semble timoré et déjà-vu dans le genre. Et niveau sexe, c’est presque pudique ou faussement provocateur.
Car, bien sûr, si on est fan de ce cinéaste peu commun et aux films souvent sous acides (dans tous les sens du terme), on s’attendait peut-être à un retour en fanfare avec une œuvre complètement folle et politiquement incorrecte. Un long-métrage qui écorne nos mœurs sexuelles actuelles au sein d’une satire sans retenue. Sauf que si « I want your sex » est souvent amusant et bien vu, il est bien trop peu piquant. En prenant comme cœur du récit la relation de domination et de soumission entre une responsable de galerie d’art narcissique et son jeune assistant, il aurait pu aller plus loin. C’est un peu le pendant opposé de « Babygirl » où c’était l’homme qui dominait mais avec un résultat bien plus sulfureux et satisfaisant, Car oui, encore une fois, le nouveau film d’Araki demeure bien timide. Certes, les dialogues sont très bien écrits et sonnent juste. Ils diagnostiquent avec simplicité les rapports hommes-femmes à notre époque et diverses formes de sexualité (ou de visions de celle-ci) mais ça reste facile, dans les clous et jamais vraiment surprenant. La mise en scène colorée du cinéaste est toujours présente mais bien plus sage, comme dans ses derniers films. C’est parfois amusant, il y a des séquences vraiment drôles (le plan à trois avorté) et des développements hasardeux (la fin) mais on passe quand même un bon moment. Et il faut dire qu’Olivia Wilde s’éclate dans un rôle qui lui va comme un gant. Alors si ce n’est pas la petite bombe impertinente attendue, le film se regarde bien tout de même.
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