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J'adore les voleuses

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Rémy Fiers

Mode hystérique et anarchique.

Les « boosters » du titre signifient en terme anglo-saxon les voleuses à l’étalage. On va suivre les aventures complètement farfelues et absurdes d’un gang de ces hors-la-loi, ici afro-américaines, qui vivent de recel et s’en prennent à une prêtresse de la mode. Dit comme ceci, ça paraît intéressant et original. Original ça l’est, c’est sûr. Intéressant, beaucoup moins. « I love boosters » prend le parti de la satire ou plutôt de la farce anticapitaliste complètement azimutée. Boots Riley, qu’on avait découvert avec le sympathique « Sorry to bother you » y va à fond dans sa proposition jusqu’au-boutiste. Mais jusqu’au point de non retour. Le côté absurde et farfelu est complètement assumé mais quand ça va trop loin, il est certain qu’une grande partie du public – dont nous faisons partie – risque de décrocher. Et c’est dommage tant le travail sur les couleurs, les décors ou encore les coiffures et maquillages est louable et admirable.

Pourtant, le côté décalé nous charme durant la première partie du long-métrage. Il y a plein d’idées et un univers vraiment inédit, coloré et iconoclaste. Forcément, au sein de ce torrent incessant de offres narratives et visuelles farfelues, il y a des ratés comme des réussites. Mais « I love boosters » nous convainc sur bien des aspects. Les tenues des protagonistes sont un régal pour les yeux et se positionne en opposition totale à un film comme « Le Diable s’habille en Prada » dont il pourrait être la version corrosive et mal élevée. Il y a des moments vraiment drôles comme les séquences avec Will Poulter en gérant de magasin intransigeant et azimuté. Ou celle qui voit Taylor Paige retenir son souffle pour paraître blanche lors d’un vol, on approche le culte bien maîtrisé. On rit de bon cœur et parfois jaune et la critique des dessous du milieu de la mode a beau être sans nuance, elle fait son chemin. Et puis l’équipe de comédiens est déchaînée et prend un plaisir communicatif avec ces rôles totalement caricaturaux. D’ailleurs, Demi Moore en créatrice de mode se régale et nous avec.

Mais les plaisanteries les plus courtes sont souvent les meilleures et quand la science-fiction avec cette drôle de machine intervient, « I love boosters » prend le chemin du grand n’importe quoi! Et finit par user de notre patience et de notre tolérance. C’est un peu le syndrome du film « Everything, everywhere, all at once » que ses détracteurs – dont nous faisons partie, désolé – trouvaient hystérique et fatigant à la longue. Au bout d’un moment, il en est de même pour ce film. Trop d’idées, trop de trucs sans queue ni tête et un rythme trop soutenu, tout cela de manière exponentielle, à tel point qu’on finit par n’avoir qu’une envie : que le film se termine. Les esprits les plus cartésiens sortiront même probablement de la salle tellement c’est poussif et agaçant. Riley va au bout de son truc, on ne pourra le lui reprocher, et il lorgne même parfois sur les univers de Wes Anderson en mode bordélique ou de Michel Gondry en version banlieue. Ce n’est pas mauvais mais ce n’est clairement pas le genre de productions faite pour tout le monde. En tout cas, notre saturation est vite arrivée, proche de l’écœurement, au point de faire oublier les bonnes idées initiales.

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