Laissé au bord d la route (le specteteur)
Le cinéma de genre va bien et continue, mois après moi, de nous apporter de nouveaux talents et de films à concept qui titillent notre intellect tout autant que notre cinéphilie. Des œuvres souvent conceptuelles où le fantastique ou l’horreur surgissent pour signifier quelque chose de bien plus insidieux et parfois en rapport avec l’état de nos sociétés. Par exemple, ce fut la notion d’isolement et les traumatismes pour « Backrooms » et les comportements masculins toxiques inversé pour « Obsession » tandis qu’ici, « It ends », prend le parti de nous parler du vide existentiel de la jeunesse. Cependant – et c’est l’un des talons d’Achille de ce premier long-métrage – le propos est quelque peu abscons et incertain. Constat du suicide chez les jeunes ? Métaphore sur un avenir incertain ? Diagnostic de l’anxiété sociale chez les jeunes ? Et donc diagnostic du vide de nos existences ? On n’est jamais vraiment sûr, tant le sous-texte n’est effectivement pas clair et c’est ce qui gêne un peu car on se demande si on n’est pas nous-même, spectateur, en train d’échafauder des pistes de réflexion qui n’en sont pas. C’est peut-être le signe d’une certaine immaturité ou d’ambitions mal négociées, un propos plus clair aurait clairement donner plus de coffre à cette histoire.
Ceci mis de côté, « It ends » est un film purement conceptuel. Et excitant. L’histoire de cette route sans fin couplée aux mystères et interprétations potentielles qui en découlent mettent l’eau à la bouche. Et cela fonctionne la première demi-heure, où le jeune cinéaste installe toutes des pistes et des bizarreries intrigantes. En plus, la mise en scène est très appliquée et met bien en valeur cet unique décor sylvestre tandis que les acteurs, bien que leurs personnages soient peu développés outre leur trait de caractère principal, son bien campés. Puis, arrivé au milieu du long-métrage, un peu comme son pitch, « It ends » devient redondant et Alexander Ullom a du mal à passer outre ce postulat initial. Le trip métaphorique a le souffle court et on tourne en rond. Pareillement, le film s’inscrit dans l’angoisse et le pur fantastique mais il est très avare en véritables frissons. Au final, on emprunte ce chemin singulier avec grand plaisir grâce à des prémisses intrigantes mais tout cela manque vite de carburant. Quant au côté opaque du véritable fond de ce périple surnaturel pourra en laisser beaucoup sur le bas-côté, en plus de devenir lassant et de se conclure de manière particulièrement frustrante. Très moyen en somme mais prometteur à la fois, le genre de devoir qui devrait intéresser Hollywood.
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