Publicité

Invisibles

Critiques des membres

Rédiger une critique

3.5Très bon
1 critique des membres
  • 0
  • 0
  • 1
  • 0
  • 0

1 critique

Très bon
Rémy Fiers

Visibles et libres.

Il en fallait du courage (et du culot!) à la réalisatrice de « Invisibles » pour que son premier film traite d’un thème aussi singulier et casse-gueule que la sexualité des personnes handicapées. Certes, quelques films abordent le sujet comme le belge « Hasta la Vista » sous la forme d’une comédie ou encore un long-métrage comme « Mon Inséparable » qui traite brièvement de la sexualité des déficients mentaux mais rarement (ou jamais) un film n’avait abordé de récente mémoire le sujet si frontalement. Ici c’est vraiment le cœur du sujet et Junna Chif le couple avec un autre thème moins périlleux mais tout aussi particulier : celui des travailleuses du sexe et des féministes. Voilà donc un sacré challenge pour la réalisatrice, un challenge dont elle s’acquitte avec les honneurs en trouvant (presque) toujours le bon équilibre.

Presque, car il faut avouer qu’on n’était peut-être pas obligé de voir les scènes de sexe de manière aussi détaillée et franche. Rien à voir avec le fait que ce soit avec des personnes handicapées physiques mais la mise en scène a parfois un peu la main lourde sur des plans très explicites pas forcément nécessaires. On n’évite toujours le scabreux - même si on le frôle parfois - mais c’est tout de même très érotique. Montrer la manière dont le handicap peut freiner les rapports sexuels est une gageure mais on est à la limite d’observer un petit manuel du genre et les séquences ont tendance à trop s’éterniser ou à être très impudiques sans que cela apporte une quelconque valeur ajoutée à l’ensemble. Junna Chif évite cependant toujours avec brio le malaise en trouvant le bon équilibre et nous gratifie de scènes parfois magnifiques également. Certaines sont même empreintes d’une certaine poésie lors des rapports de cette travailleuse du sexe avec les personnes handicapées. Celle de baignade dans le lac est très belle par exemple. « Invisibles » réussit quelque chose de puissant : faire la lumière avec empathie et douceur sur un sujet méconnu ou dont on n’a pas envie de parler. Empêcher la marginalisation semble être le but et le processus enclenché par le film. C’est aussi important que nécessaire mais, ici, c’est surtout réussi.

Il est important d’encenser les acteurs handicapés non professionnels qui ont accepté de jouer des scènes très intimes avec un naturel désarmant et complètement désinhibé. Dans le rôle principal et pour sa première fois au cinéma également, Nadia Essadiqui est exceptionnelle dans le rôle principal. Artiste montréalaise de show nommée La Bronze, elle se met littéralement à nu etose tout sans tabou; elle se donne complètement pour la réalisatrice et le film. Chapeau à toute l’équipe d’avoir su mettre en place des séquences de sexe aussi peu conventionnelles et d’avoir trouvé le bon angle, entre réalisme et, la plupart du temps, pudeur. Cette chronique montréalise peut aussi s’enorgueillir d’un beau plaidoyer pour les travailleuses du sexe et le liant entre les deux sujets est parfait. On sera peut-être moins convaincu par l’ajout de quelques moments mettant en scène des féministes pures et dures qui n’apportent pas grand-chose à « Invincibles ». En tout cas, c’est beau et touchant en plus de mettre la lumière sur un sujet malheureusement tabou. Et de rendre moins invisibilisées ces personnes dans leur intimité sexuelle. Une œuvre courageuse et engagée qui, malgré ses quelques défauts propres aux premiers films, est un véritable tour de force.

Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.