Encore une fois le cinéaste James Mangold a tout compris à son nouveau (et imposant) terrain de jeu, s’est investi pleinement et on peut lui dire un grand bravo! Mine de rien depuis trente ans, ce réalisateur signe des œuvres diverses et variées, investissant tous les genres, et les réussit avec brio. A regarder sa filmographie, elle compte peu de ratés avec beaucoup d’œuvres méconnues, pointues et passionnantes couplée à de gros blockbusters de qualité. Dans la première catégorie on a le polar « Copland », le drame psychologique « Une vie volée », le thriller « Identity » ou encore le western « 3h10 pour Yuma ». Dans la seconde catégorie on a le génial « Le Mans 66 » ou le chant du cygne de l’un des plus célèbres super-héros, « Logan ». Et tous ces films sont des réussites. Si ce n’est le moyen « Wolverine, le combat de l’immortel » et la comédie romantique « Kate et Leopold » on peut dire que Mangold a un sacré palmarès proche du sans-faute. Il sait comprendre l’ADN de chaque projet qu’il entreprend en plus de savoir faire plaisir à son public. Ce qui nous amène à dire que c’est donc un choix presque évident de la part de Spielberg, qui peut le voir comme un lointain cousin, pour prendre sa relève avec ce dernier épisode de l’une des sagas les plus cultes du septième art : « Indiana Jones ».
Après la petite déception du quatrième volet qui bifurquait maladroitement sur la fin vers la science-fiction et dénotait de la tonalité générale de la saga, Spielberg a donc préféré laisser la main et juste garder la casquette de producteur. Surtout qu’il préfère se consacrer à des projets plus personnels et moins commerciaux depuis quelques années. Avec Mangold, il ne s’est donc pas trompé tant son choix coche quasiment toutes les cases de la réussite, entre hommage à toute un pan du cinéma d’aventure guidé par ce héros mythique et actualisation avec les moyens d’aujourd’hui d’un personnage culte à enterrer en bonne et due forme. Le film a des défauts certes mais ils ne sont pas vraiment du fait du cinéaste à proprement parler. On pourra tiquer sur une aventure qui s’inscrit tellement dans l’héritage des autres qu’on pourrait presque se dire que cela manque de véritable innovation mais ce serait être tatillon. En revanche, il va sans dire que la durée de ce « Indiana Jones et le cadran de la destinée » est un tantinet trop excessive. En effet le film est bien trop long (vingt à trente minutes en moins n'auraient pas été volées) et sur une seconde partie un peu plus faible après des débuts tonitruants.
Mais alors pour le reste, toute la sève de la saga est présente. Le prologue à rallonge qui voit Indiana Jones / Harrison Ford, rajeuni par la magie des effets spéciaux, en pleine Seconde Guerre Mondiale face à des nazis est une véritable Madeleine de Proust qui nous rappelle aux grandes heures du cinéma d’aventure des années 80. Tout y est et c’est magique. Et la première partie à New York l’est tout autant avec des péripéties originales et spectaculaires. La mise en scène est fluide et tout à fait en adéquation avec le reste de la saga, commencée pourtant il y a quarante ans et les effets spéciaux sont de grande qualité. Le reste est certes plus consensuel, remplissant le cahier des charges de ce type de film grand public mais demeure de très haut niveau, même malgré les petites scories de rythme et de longueur en milieu de film. Quant à mister Ford il est fascinant de voir comment il revisite avec grâce et panache ses plus grands rôles, bouclant la boucle d’une carrière incroyable après l’immense « Blade Runner 2049 » et la dernière trilogie « Star Wars ». Mads Mikkelsen fait un méchant de luxe réussi et le duo avec Phoebe Waller-Bridge fonctionne à pleine régime. On regrettera juste dans les seconds rôles le passage totalement inutile d’Antonio Banderas et un Boyd Hollbrook au rôle aussi fin et cliché qu’une ligne de scénario. « Indiana Jones et le cadran de la destinée » est du grand spectacle à l’ancienne beau, généreux et fait avec beaucoup de soin et d’amour pour le cinéma. Rien que pour cela... Si ce n’est le prochain « Mission : impossible » c’est vraiment le blockbuster le plus honnête de l’été pour le moment.
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