Squelette de (bon?) film.
Les œuvres qui sont charcutées en dépit du bon sens par leurs producteurs ou studios ou celles qui subissent des problèmes internes de droits ou autres soucis financiers? Dans cette magnifique ville du cinéma qu’est Hollywood, c’est monnaie courante. Dans la première catégorie, on a, par exemple, le premier « Suicide Squad » aussi décevant et foireux que sa bande-annonce était alléchante, le film avait enduré des projections tests jugeant le film trop sombre. Et dans la seconde on a les annulations et mises au ban des films « Batgirl » et « Coyote VS Acmé » (le second ayant tout de même été exhumé par un studio courageux), honteusement mis à la poubelle par Warner pour des réductions d’impôts... Oui, oui, on en est là, cela nous rappelle d’ailleurs qu’Hollywood et les gros studios sont avant tout une industrie. Pas de chance, le nouveau Guy Ritchie, intitulé à l’origine « In the Grey » de manière plus adaptée, entre dans les deux cases et le résultat porte indéniablement les stigmates de cette production et de cette distribution houleuse et compliquée.
On le sait le cinéaste britannique tourne plus vite que son ombre avec en moyenne un film par an. Et il faut avouer que ces dernières années il a enchaîné des productions honnêtes et divertissantes à défaut d’être renversantes, si on omet peut-être la série « The Gentlemen », adaptation de son propre (et génial) film éponyme. Depuis son passage (pas du tout emballant) chez Disney avec « Aladdin », il enchaîne les séries B d’action, parfois en mode comédie, avec une régularité métronomique. Si certaines sont très sympathiques comme « Un homme en colère » (remake du film français « Le Convoyeur ») ou l’amusant « Opération fortune : ruse de guerre », d’autres passent complètement inaperçues comme « Le Ministère de la sale guerre », au pitch pourtant engageant qui a accouché d’un film d’action lambda, et surtout le blockbuster raté « La Fontaine de Jouvence ».
En réunissant un casting quatre étoiles comprenant la moitié de ses acteurs chouchous (sa nouvelle muse Eiza Gonzales et le duo de choc Jake Gyllenhaal et Henry Cavill) pour un film d’action et d’arnaque à grande échelle en mode élégant, il ne semble pas trop varier les plaisirs et rester fidèle à son pré-carré. Malheureusement, le film qui atterrit devant les yeux du spectateur ne doit pas ressembler au résultat attendu initialement. Rarement on a ressenti autant le film charcuté m’importe comment pour être finalement évacué à la va-vite dans les salles (d’ailleurs il a fait un bide retentissant et peu étonnant aux USA à tel point qu’il est bazardé sur Prime ailleurs). Format resserré à une heure et trente minutes chrono, acteurs semblant absents ou venus payer leurs impôts, voix off sur explicative pour masquer les trous de l’intrigue, personnages à peine caractérisés (faut le faire vu le casting), méchante qui tire les ficelles en mode troisième rôle, scènes d’action réduites au strict minimum, enjeux assénés à une vitesse éclair rendant l’intrigue parfois opaque, ...
Bref, vous l’aurez compris, « Les Spécialistes » nous transmet une drôle de sensation de bâclé, de gâché et surtout de frustration. Car, oui, dans ce squelette de long-métrage, on sent poindre un bon film. Peut-être même que si tout s’était aligné normalement, Ritchie tenait peut-être là son meilleur opus depuis longtemps. Le tandem Gyllenhaal/Cavill et leurs sous-entendus en mode bromance sont croustillants et auraient pu aboutir à quelque chose de fun. Gonzales et Pike rivalisent de perversité et de malice et une scène magistrale dans leurs dialogues au début montre ce qu’aurait pu donner leur rivalité. L’intrigue a défaut d’être originale semblait prenante si elle ne sautait pas les étapes trop vite. Quant aux scènes d’action, si on leur avait laissé leur amplitude de base, cela aurait permis d’éviter d’expliquer les plans de l’équipe en long, en large et en travers comme à des demeurés. Le montage final ne respire pas et tout cela semble expédié et décousu. Le potentiel était là, on le sent. Cela aurait pu être un film d’action glamour avec rebondissements et joutes verbales jubilatoires... Las, le cadavre qu’on nous offre à ronger ferait presque pitié à voir.
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