Joint mal roulé.
Mais qu’est-il arrivé au grand Spike Lee avec ce remake bizarre et erratique du chef-d’œuvre d’Akira Kurosawa? Si quelques aspects et certaines scènes de ce « Highest 2 Lowest » sont certes réussis, laissant entrevoir ce qu’on aurait pu savourer, la plupart du long-métrage est raté. Et il y en a vraiment beaucoup du mauvais et de l’incompréhensible dans ce film aux choix parfois vraiment à côté de la plaque. À tel point qu’on se demande si pour la gestation et la fabrication de ce « joint », comme le cinéaste aime à appeler ses œuvres, il n’en a pas justement trop abusé et qu’il n’avait pas les idées claires. En effet, difficile de reconnaître la patte de ce grand cinéaste ici, ou alors dans ce qu’il peut faire de pire. On sent qu’il a essayé quelque chose de différent et d’être original mais malheureusement la plupart des choses qu’il tente apparaissent bizarres et inadaptées.
C’est simple, « Highest 2 Lowest » se positionne clairement comme l’un des pires films de sa riche filmographie, si ce n’est le pire. Et quand on s’adjoint les services du grand Denzel Washington et qu’on parvient parfois à le faire cabotiner, c’est quand même un sacré tour de force dans le mauvais sens du terme. Le comédien réussit donc à nous offrir également l’une des performances les moins réussies de sa carrière et donc à insérer l’un des rares mauvais films de sa prestigieuse filmographie. Une association qui aurait dû faire des étincelles et qui accouche finalement d’un pétard mouillé.
Les deux pires choses du long-métrage sont sans conteste son abominable bande sonore et un montage complètement incohérent voire inachevé. Du côté de la première, c’est quand même le comble pour un film qui se déroule dans le monde de la musique. Certes, la bande originale, elle, n’est pas déplaisante et colle à l’histoire qu’il filme (encore heureux!) mais l’accompagnement sonore de Howard Drossin est en total décalage. Entre musique de conte de fées ou d’un vieux soap des années 70, elle ne va tellement pas avec les images qu’on se demande si ce n’est pas une blague. Elle parvient même à annihiler toute tension dans les séquences qui devraient en être remplies (comme la séquence du métro ou la poursuite filmée d’une manière molle au possible). Quant au montage, on ne sait pas si le cinéaste et son monteur se sont endormis sur la table. Entre scènes vues deux fois sur différents angles et plans qui s’étirent sans raison, c’est abominable.
Heureusement, il y a quand même quelques qualités qui empêchent « Highest 2 Lowest » d’être un total naufrage où rien n’est à sauver. Même si Washington ne brille pas comme dans d’autres films, il reste un acteur charismatique qu’on prend plaisir à regarder même quand il est mal dirigé. Ensuite, la mise en scène de Lee nous gratifie de quelques beaux plans new-yorkais. Enfin, le face-à-face avec Asap Rocky est plutôt intéressant et certaines considérations sur le monde de la musique et les dilemmes moraux portent à réflexion. Mais avec tous les talents en présence, on obtient tout de même un drôle de film (et pas dans le bon sens du terme).
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