Vol au-dessus d'un nid de héron.
Entre chronique familiale, œuvre contemplative, introspection personnelle et approche de la santé mentale à l’adolescence, « Blue Heron » pourra apparaître comme un film âpre et difficile d’accès. Malgré ce programme chargé et très indexé sur les clichés du cinéma indépendant particulièrement retors, il n’en sera rien. Pour son premier film, Sophy Romvari livre un long-métrage que l’on sent en partie autobiographique, qui transpire donc le vécu sur chaque grain de la pellicule. On pense un peu aux premiers films de l’actrice et réalisatrice Maïwenn comme l’excellent « Pardonnez-moi » qui oscillait entre réalité et fiction sans que le spectateur puisse démêler clairement et objectivement quelles parties sont de l’ordre de l’invention et quels segments relèvent de la vérité. À plusieurs reprises, le film menace de sombrer dans le trop-plein poseur et contemplatif, perdant ainsi notre attention et le sujet central, mais il se rattrape toujours. En l’état, les images de l’île de Vancouver au milieu des années 90 sont très agréables à l’œil. Ce contexte spatio-temporel et l’impression de revivre l’histoire de la famille de la cinéaste apporte un mélange de mélancolie et de nostalgie aussi cotonneux et doux que triste. Mélancolie puisqu’on sent le mal que la maladie mentale de l’aîné a infusé dans le cœur de cette famille. Nostalgie car on rêverait de revivre à cette époque bénie et surtout dans des paysages naturels aussi magnifiques.
Il ne se passe pas grand-chose véritablement durant une petite heure. Par petites touches, en recréant des morceaux de vie naturalistes et/ou familiaux, « Blue Heron » nous immerge donc simplement dans le quotidien de sa famille. Ou plutôt du souvenir qu’elle en a. On se laisse bercer avec un certain plaisir cependant tandis que les séquences où le fils aîné, atteint d’un trouble mental qu’on ne savait nommer à l’époque, fait ses crises qui cassent ce cadre enchanteur et perturbent. Cela apporte une sorte de malaise insidieux et de tristresse profonde. On se rend bien compte du désemparement des parents face à cela. Le dernier tiers du film est plus casse-gueule et s’approche presque d’une mise en abyme cathartique. La cadette devenue grande (et qu’on suppose être Sophy Romvari devenue adulte) réalise un documentaire sur les troubles mentaux pour tenter de comprendre des années après ce qui arrivait à son frère sans qu’elle puisse le comprendre à l’époque. La frontière entre la réalité et la fiction se brouillent, l’émotion nous gagne mais le procédé est parfois maladroit. Il y a aussi beaucoup de moments de flottements et des zones d’ombre sur le devenir de cette famille qui frustrent. Au final, « Blue Heron » est une œuvre touchante, sincère et singulière, cependant non dénuée de défauts et maladresses.
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