Drôle d’objet que ce « Gran Turismo » : entre film, adaptation de jeu vidéo et gigantesque vitrine commerciale... Difficile à appréhender même. Jugez plutôt : on a donc un film sur le célèbre jeu vidéo éponyme. Produit par Playstation en partenariat avec (forcément) Sony. Réalisé par Neil Bloomkamp, l’auteur du culte « District 9 ». Et en partie inspiré d’une incroyable success story. On pouvait légitimement être dubitatifs et sceptiques ou n’y voir qu’un objet mercantile. Mais, un peu comme les premiers « Transformers » ou le carton « Barbie », voici la preuve que des longs-métrages destinés en partie à vendre des produits dérivés (ici à promouvoir le fameux jeu vidéo) ne sont pas forcément détestables ou ridicules même si certains exemples prouvent le contraire. Le premier « Super Mario Bros » des années 90 est en d’ailleurs l’exemple le plus frappant alors que la géniale version animée sortie cette année rattrape totalement le coup. Bref, on n’en attendait rien, mais ce « Gran Turismo » est plutôt une très bonne surprise.
Le réalisateur sud-africain, abonné aux projets excitants malheureusement avortés comme « Halo » ou surtout « Alien 5 », semble avoir voulu se prendre des vacances et se mettre sur un film de commande en forme de divertissement estival sans prétention. Et il a eu raison. Si ce « Gran Turismo » n’a rien d’un chef-d’œuvre ou d’un immanquable, il réussit ce qu’on attend de lui : nous en mettre plein la vue et nous divertir sans se prendre la tête mais sans non plus se moquer du spectateur. On est donc pas non plus face à un film facile, décérébré ou un simple et pur produit marketing. De loin, on peut dire que c’est un peu la version ado et sans prise de tête de « Le Mans 66 » de James Mangold. Et il faut avouer que l’histoire de ce gamer aguerri du fameux jeu qui finalement devient pilote de course suite à un pari de Nissan valait le coup d’être portée sur grand écran. Même si on sent qu’elle a été quelque peu édulcorée et embellie. Certes hautement prévisible, cette success story classique sur le fond mais bien plus innovante que prévue sur la forme et sur sa note d’intention initiale nous conquiert donc durant plus de deux heures.
Bloomkamp, à coups de plans de drones et de passages virtuels de la console au bitume, rend son film dynamique et moderne tout en nous gratifiant de quelques très belles scènes de courses automobiles. Les images sont belles et si certaines séquences lorgnent parfois sur celles de clips pour publicités automobiles (ce qui n’est pas gênant), il alterne avec d’autres dotées d’une mise en scène ample et généreuse avec d’excellents effets spéciaux discrets sur les cours automobiles. Les personnages ne sont pas forcément écrits avec beaucoup de coffre et frôlent un peu les clichés mais les acteurs qui les incarnent parviennent à élever le niveau et leur donner de la densité. On pense surtout à David Harbour, excellent en coach méfiant, et à Djimon Hounsou, étonnant et émouvant en papa protecteur et sec. On est même surpris de la tension dramatique de certains moments qui sont vraiment touchants mais avec doigté. Au final, « Gran Turismo » est un film de course de voitures immersif et qualitatif qui surprend par sa maîtrise générale même s’il reste du pur entertainment, du fast-food cinématographique. Mais, parfois, au cinéma, cela fait du bien aussi de se laisser aller quand c’est exécuté avec soin.
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