IA un truc dingue ici!
Vu à Montréal.
On l’attendait ce film à priori azimuté et au pitch alléchant. Non seulement parce qu’il semblait naître hors des carcans hollywoodiens conventionnels, parce que son postulat était follement original mais aussi parce qu’il marquait le retour aux affaires d’un cinéaste sous-estimé. Il s’agit de Gore Verbinski, surtout connu pour être l’architecte de la saga « Pirates des Caraïbes » et ses milliards au box-office. Sauf que le bonhomme est aussi l’auteur d’autres œuvres étonnantes dans le paysage consensuel des studios, des œuvres audacieuses qui n’ont malheureusement pas rencontré le succès escompté. Il y a d’abord eu l’étonnant film familial « La Souris » avant Jack Sparrow, puis le drame mélancolique « The Weather Man » pendant et enfin le film d’animation peu commun « Rango », l’accident industriel pourtant non dénué de qualités « Lone Ranger » et le magistral et ambitieux « A cure for life » après. Celui-ci, sort il y a une décennie et qui est également son dernier film en date, a malheureusement été un bide également. Un cinéaste aux multiples facettes donc, qui nous gratifie de propositions peu communes et souvent courageuses sans toujours trouver le succès et la reconnaissance qu’il mérite.
Après ces longues années d’absence, il revient cette fois avec une comédie d’anticipation mâtinée de science-fiction avec l’IA en fond. Financé par un studio indépendant méconnu (Briarcliff Entertainment) pour une somme assez modique de 20 millions de dollars, « Good luck, have fun, don’t die » démarre sur les chapeaux de roue avec son pitch roboratif et galvanisant prompt à tous les délires sur la forme comme sur le fond. En effet, ça débute avec un homme qui affirme venir du futur et qui débarque dans un restaurant de Los Angeles avec des bombes sur lui, menaçant de tout faire sauter si quelques clients ne se manifestent pas pour l’aider à sauver le monde d’une IA devenue incontrôlable et dangereuse à son époque. Une entame perchée donc qui ouvre la voie à bien des développements et qui va lancer un film qui tient la cadence durant plus de deux heures même s’il y a quelques baisses de rythme par-ci par-là. Un bon quart d’heure en moins, surtout dans la seconde partie, n’aurait pas été préjudiciable au film, au contraire.
Entre la comédie azimutée, le délire de science-fiction et le film à thèse sur les dangers de l’intelligence artificielle, le mélange est corsé mais a sacrément du goût. On y apprécie les références comme celle, tutélaire, de « Terminator » ou celle plus amusante faisant un clin d’œil aux films de zombies ou encore à « L’invasion des profanateurs de sépulture » voire « Lucy » de Besson. « Good luck, have fun, don’t die » est un sacré bordel en apparence mais tout à fait maîtrisé sous toutes les coutures. Rien que la manière dont est construit le film, avec un montage malin qui coupe la scène du restaurant et ce qui en découle avec des flashbacks sur les personnages, est bien pensée et adéquate. On suit les péripéties de ce groupe disparate mené par un génial Sam Rockwell avec plaisir et un sourire constant sur les lèvres. Car leurs péripéties sont certes originales, captivantes et intrigantes mais elles s’avèrent aussi parfois presque burlesques et drôles. Il y a quelques scènes vectrices d’éclats de rire même. Quant aux flashbacks sur les protagonistes ils sont en revanche d’intérêt et de qualité inégales. Ces retours en arrière permettent de comprendre certaines choses même s’il faut avouer qu’il demeure pas mal d’interrogations et quelques incompréhensions dans cette intrigue où les trous dans le script sont nombreux (et involontaires?).
On pourra également être déçu par un discours sur les dangers de l’intelligence artificielle un peu facile et déjà-vu. La satire de notre monde, entre une jeunesse hypnotisée par les écrans et une société qui veut s’échapper d’un monde en perdition par le biais de réalités alternatives, « Good luck, have fun, don’t die » frappe juste mais pas aussi fort qu’espéré. Verbinski aurait pu être plus piquant, plus subversif et même son film aurait pu aller plus loin dans le délire de ses personnages avec un script aussi dingue. Finalement, on passe un excellent moment, content de voir une production peu coûteuse qui a des allures de petit blockbuster d’antan avec des moyens conséquents, on pourrait d’ailleurs croire que le film en a coûté le triple. Mais il y a quelques défauts comme ceux cités précédemment ou la fin qui n’est peut-être pas idéale (notamment sur les choix visuels pour matérialiser l’IA dans le dernier acte). Dommage, car encore un peu et le retour de ce cinéaste rare aux affaires aurait pu accéder au statut de film culte avec le temps. Ce qui ne nous empêche pas de vivement conseiller d’aller le voir! C’est largement au-dessus de bien des films de studio et c’est un véritable vent d’air frais dans notre paysage cinématographique ultra balisé.
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