Quand a commencé à être évoquée la suite d’un des films les plus marquants de ce début de siècle, le péplum « Gladiator », les dents ont grincé. Comment et pourquoi faire une suite d’une œuvre devenue culte qui se suffisait à elle-même, surtout avec la mort des personnages principaux. Rappelons qu’à l’époque personne ne croyait au film de gladiateurs pensé par Ridley Scott puisque le genre du péplum était, à l’instar du western, moribond. On connaît la suite... Eh bien, contre toute attente, cette suite vingt-cinq ans après (qui ne bat tout de même pas en écart temporel celle d’un autre grand film de Ridley Scott, « Blade Runner », avec trente-cinq ans de différence!) balaie ces craintes tant l’histoire qui nous est proposée ici a du sens puisqu’on suit le fils de Maximus, vu à la fin du premier opus. La légitimité de « Gladiator II » est donc incontestable. Sa nécessite dépendra en revanche de la sensibilité et de l’avis de chacun...
La comparaison avec le premier film est difficile à éviter. Et il est certain – et c’était prévisible – qu’elle n’est pas à l’avantage de cette suite. Est-elle pour autant ratée ou mauvaise? Non, au contraire, on pourrait même avancer que c’est plutôt une bonne surprise. Et si « Gladiator II » perd clairement en puissance émotionnelle et en aura culte par rapport au premier, il se rattrape par son côté spectaculaire et sa maîtrise des nouveaux outils de cinéma apparus depuis vingt-cinq ans! Si le premier était un grand film d’auteur à gros budget déguisé en blockbuster, celui-ci est un bon blockbuster assumé au budget pharaonique qui tente d’être un très grand film. Il est donc en-deca de son illustre et magistral modèle mais n’en demeure pas moins généreux envers son public. Et dans le genre film historique à gros budget, « Gladiator II » est clairement supérieur au vilain « Napoléon » que Ridley Scott nous a infligé l’an passé.
On pourra trouver à redire sur un scénario qui copie une bonne partie du premier opus en mettant juste un fils à la place de son père tout autant qu’il fait fi de nombreuses réalités historiques en n’évitant pas certains anachronismes, petits arrangements avec l’Antiquité romaine et délires qui virent à la grosse série B boostée aux hormones (les singes presque mutants ou le Colisée inondé avec requins dedans, on en parle !?). Le souffle romanesque et l’émotion qui parcourait « Gladiator » sont également aux abonnés absents, surtout lors de son final mémorable qui avait marqué des générations de cinéphiles. Et on rechignera également sur des intrigues de complots très vite expédiés au profit de l’action et des seconds rôles qui jouent parfois de manière bien trop excentrique (les deux empereurs tête à claques).
Tous ces petits défauts plus ou moins gênants empêchent cette suite tardive d’être le monument de cinéma que fut (et reste) le premier. Il n’empêche « Gladiator II » est un bon blockbuster réalisé avec une maestria technique indéniable. Papy Scott en a encore sous le capot et il le prouve avec des scènes de combat impeccablement chorégraphiées et des scènes de bataille ou d’affrontements spectaculaires au possible dotées d’effets spéciaux impressionnants (sauf pour les requins). Les deux heures et demie passent à une vitesse folle pour un péplum fascinant dans sa frénésie et qui met à profit tous les outils cinématographiques mis à sa disposition pour donner toujours plus à son public. Et puis il y a un excellent quatuor d’acteurs dominé par la prestation machiavélique d’un Denzel Washington encore une fois impérial. Un bon moment de cinéma pop-corn, ni plus ni moins.
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