Il y a dix ans, George Miller ressuscitait « Mad Max », sa propre saga mythique initiée dans les années 80, avec « Fury Road » et nous mettait une claque magistrale tout autant qu’il nous délivrait une leçon de cinéma comme on n’en avait jamais reçue auparavant. Du jamais vu et un chef-d’œuvre incontestable. Intense, visuellement incroyable et vecteur de séquences d’action inédites et, pour ainsi dire, jamais égalées depuis. Aujourd’hui, et après le succès et l’aura de culte entourant le film, il remet le couvert. On aurait pu craindre la redite. Mais également un cinéaste vieillissant et trop sûr de lui, incapable de rivaliser avec tout ce que le cinéma a offert depuis. Et, enfin, qu’on avait fait le tour de cet univers qu’il a lui-même créé. Et bien que nenni! « Furiosa, une saga Mad Max » nous remet la même claque qu’il y a dix ans. À la fois de manière similaire mais aussi totalement différente. Et il nous assène une nouvelle énorme gifle en montrant que c’est lui le patron. Avec ce « Furiosa », on peut clairement affirmer que les blockbusters cuvée 2024 sont de haute volée après le chef-d’œuvre « Dune 2 », lui aussi un blockbuster intelligent dans un univers de sable. Et chapeau à la Warner qui a produit ces deux monstres de cinéma à grand spectacle puissants et intelligents.
Certains avaient reproché au précédent son intrigue minimaliste de simple aller-retour bourré d’action sans aucune autre valeur ajoutée si maîtrisé et visuellement unique soit-il. Pourtant, ce n’était absolument pas dérangeant dans ce contexte de cinéma en perpétuel mouvement où la taule froissée, la sueur, le sable et les moteurs sont les personnages principaux. Le cinéaste gonfle donc ici sa mythologie en nous contant la genèse du personnage de Furiosa incarné par Charlize Theron dans « Fury Road ». On comprend ici mieux le fonctionnement de l’imposante Citadelle et on découvre de nouveaux horizons de ce désert maudit avec la Cité de l’Armement et Gastown, avec leurs imposants décors qui en mettent plein la vue. Il y a (un peu) plus de fond ici et des moments de pause, qui permettent ainsi au spectateur de souffler et qui justifient pleinement les deux heures et demie du film.
D’ailleurs, pas une seule seconde d’ennui ici. Dès les premières minutes on s’accroche à notre siège et on se cale dedans pour un condensé de sensations fortes, des montagnes russes de plaisir à la fois régressives et avant-gardiste. Au point d’en avoir presque des papillons dans le ventre de plaisir. Chaque séquence d’action est plus forte ou différente de la précédente et nous en met plein les mirettes. Miller détient un art de la chorégraphie dans ces courses-poursuites motorisées à l’égal de celui de Chad Stahelski pour les combats et fusillades de la saga « John Wick ». C’est parfaitement millimétré, lisible et fluide et son art de filmer ses camions, motos et figurants qui s’entrechoquent dans un capharnaüm jouissif et lisible est proprement jubilatoire. On retrouve notre âme d’enfant comme s’il faisait se percuter les jouets de notre enfance en grandeur nature et puissance 1000. Un véritable opéra de métal, de fureur et sable!
Et que dire des imposants décors, de l’inventivité des costumes des personnages ou de celui du design des véhicules entre Burning Man et Métal hurlant. C’est simple, on en prend plein la vue non-stop, les plans vertigineux ou beaux à se damner s’enchaînent à un rythme hallucinant mais jamais éreintant. Rarement, un cinéaste avait su et pu retranscrire la science du mouvement au cinéma d’une telle manière. Du grand angle à l’accéléré en passant par le fish eye ou autre artifice, le cinéaste australien est en pleine possession de ses moyens. Il n’y a bien sûr plus l’effet de surprise du précédent mais c’est compensé par davantage de scènes d’action plus facilement identifiables les unes par rapport aux autres (quand « Fury Road » en était une non-stop) mais aussi et surtout plus de fond.
Enfin il faut reconnaître que Chris Hemsworth vole la vedette à Anya Taylor-Joy qui n’a pas grand-chose à jouer avec dix lignes de dialogues et un visage souvent masqué. Dans tous les cas, « Furiosa » est sans conteste ce qui se fait de mieux actuellement sur grand écran en matière de spectacle pyrotechnique spectaculaire et fou. Alors, installez-vous confortablement dans votre siège (de cinéma bien sûr) et envolez-vous pour cent-cinquante minutes de pur grand huit cinématographique qui met la concurrence au tapis et la laisse loin derrière. Un objet aussi rare, précieux et unique en son genre que son prédécesseur et un sacré pavé de cinéma à grand spectacle! Comme le scande l’affiche, George Miller est un bien un réalisateur unique en son genre et visionnaire.
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