Ça y est, il l’a fait pourrait-on dire! Peut-être un rêve d’enfant, probablement un rêve de jeune artiste et très certainement un rêve de cinéaste pour Guillermo del Toro que d’adapter l’un des romans les plus connus au monde : le « Frankenstein » de Mary Shelley. Un livre entre science-fiction victorienne et une réflexion sur la création et l’Homme qui a marqué la culture populaire du monde entier et mis en lumière l’une des créatures les plus célèbres du septième art. Cela apparaît même comme une évidence que le cinéaste mexicain ait toujours rêvé d’en faire un film, lui qui adore les monstres et les personnages en marge. Et sa version est clairement conforme à ce qu’on attendait de l’auteur sur un tel projet. Ni plus, ni moins.
« Frankenstein » version 2025 est un grand film à l’ancienne, spectaculaire et roboratif, où on sent tout le respect et l’amour du cinéaste pour cette histoire connue de tous, au moins de nom. Une petite pensée nous traverse cependant l’esprit durant toute la projection : on a parfois l’impression que c’est Tim Burton qui a réalisé le film ou, plutôt, qui aurait pu le mettre en scène. Son amour similaire des monstres est évident également et l’emballage gothique présent ici aurait parfaitement convenu à cette histoire. Voilà donc un film qui établit – sans le vouloir – des ponts entre deux des plus grands cinéastes en activité, même si Burton a peut-être perdu de sa superbe dans sa seconde partie de carrière. Comme ce « Frankenstein » a parfois des airs de « La Belle et la Bête » quand le personnage féminin principal entre en jeu.
Netflix a permis à del Toro de réaliser un rêve et lui a donné tous les moyens (financiers et artistiques) possibles. Le budget est imposant, digne d’un blockbuster (on parle de 130 millions de dollars) et la liberté de création semble totale. Et cela se ressent. Ce « Frankenstein » ne ressemble à rien d’autre qu’un film du cinéaste et ce dernier nous offre une adaptation généreuse en tous points. La direction artistique est somptueuse sur tous les plans. Les effets spéciaux sont impeccables, les décors sont sublimes tout comme les costumes et la mise en scène de Guillermo del Toro est plein d’entrain et toujours aussi habile aussi bien dans l’action que dans l’intime. Il y a un souffle romanesque indéniable ici qui se mêle parfaitement à cet opéra baroque.
On adopte une structure en flashbacks permanents qui change intelligemment de perspective à mi-parcours pour adopter la vision de la créature. Le film alterne séquences qui en mettent plein la vue comme ce prologue glacé ou l’explosion de la tour avec des moments d’émotion pure, principalement impulsés par la créature. Dans ce rôle ô combien casse-gueule, Jacob Elordi prouve encore une fois l’étendue de son talent et son goût pour la prise de risque. Contrairement au reste du casting qui n’étonne pas voire semble inapproprié (Mia Goth en femme fatale c’est moyen et Oscar Isaac en fait parfois un peu trop), il infuse au monstre une humanité incroyable qui permet de nous interroger sur la nôtre. On parle aussi ici de foi et de Création avec un grand C en n’oubliant jamais d’être du grand divertissement impressionnant et maîtrisé de bout en bout. On en attendait peut-être plus – on rêvait de peut-être à un chef-d’œuvre – mais c’est déjà plus que satisfaisant et jamais décevant.
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