Greffe ratée.
C’est ce qui s’appelle une grosse déception. Et sur bien des points. Pour les connaisseurs, « Faces of Death » est un film d’horreur particulier qui avait marqué le cinéma alternatif dans les années 70, bien avant l’Internet et tout ce qui entoure notre monde moderne actuel. Ce faux documentaire est constitué de scènes de mise à mort ultra violentes, réalistes et présentées par un pseudo-professeur et coroner américain. C’est un peu l’ancêtre du « Projet Blair Witch » (on faisait croire que c’était vrai) et des « Hostel » (le torture-porn), voire même des légendes urbaines sur les snuff-movies (comme le film « 8mm » avec Nicolas Cage). Durant des années, ce mystérieux projet a entretenu son statut de bobine maudite en étant censuré dans une quarantaine de pays en plus de fasciner son auditoire de manière malsaine. Aujourd’hui encore, il bénéficie d’un statut d’œuvre culte. De le voir exhumé cinquante ans après, sous une forme hybride évitant soigneusement le remake de manière originale et avec un réalisateur prometteur était plutôt excitant. Surtout que des années de films de genre bien crades, de la saga « Saw » en passant l’extrême et sordide « A serbian film », sont depuis passées par là.
Daniel Goldhaber, réalisateur du brûlot anticapitaliste un peu passé inaperçu mais pourtant excellent « Sabotage » part d’une idée singulière. Un thriller sur une modératrice de contenu Web qui tombe sur les vidéos d’un copycat tentant de singer les meurtres du véritable film « Faces of Death ». On est donc pas vraiment dans le remake mais dans une sorte de prolongement jouant avec la réalité et le statut mythique du film. À l’heure des milliards de vidéos qui circulent sur le Net (sans compter le Dark Web), d’un monde souterrain de plus en plus glauque (l’affaire Epstein ou Puff Daddy) et d’une société devenant voyeuriste et avide de violence comme jamais, une analyse de tout cela baignée dans un film de genre bien malsain et violent était attendue. Et souhaitée. Sauf que « Faces of Death » version 2026 est un beau pétard mouillé à la violence banale et plutôt sobre et qui ne met jamais mal à l’aise. Jamais le spectateur n’est bousculé et, pire, il n’y a aucun véritable discours sur ce thème brûlant malgré le métier du personnage principal.
Mais il n’y a pas que cela. La mise en scène pourtant si alerte et captivante de Goldhaber sur son précédent film semble complètement remise aux oubliettes. Ici c’est visuellement très monotone et l’ajout d’une musique aux synthés type « Stranger things » et années 80 ne fonctionne pas. Et l’abondance de plans sur des claviers et des écrans d’ordinateur fatigue. En outre, l’intrigue est vraiment mal négociée. Il y a des invraisemblances à se cogner la tête contre les murs (la capture des victimes, la séquence avec la police, ...). Les personnages agissent bêtement à tel point que c’en est agacant. Et il faut dire que les prestations de Barbie Ferrera et Dacre Montgomery ne sont pas bonnes, les deux en font trop. Et puis le trauma de la première est trop excessif pour qu’on adhère et son parcours et les motivations du second sont sans queue ni tête. On ne peut pas dire que ce soit ennuyant mais comme en plus c’est chiche en frissons et en gore, c’est ce qui s’appelle une douche froide.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.