Espièglerie gériatrique.
Encore un passage de devant à derrière la caméra pour une star! On peut avoir l’impression que cela devient vraiment comme un rite de passage quand on est acteur ou actrice on dirait... Ou, alors, à force de voir des gens nous filmer on finit peut-être par avoir envie de faire la même chose, qui sait? Et cette fois c’est Scarlett Johansson qui s’y colle. Et son « Eleanor the Great » rentre parfaitement dans ce qui caractérise bon nombre de premiers films : sujet qui tient à cœur, ambition mesurée et velléités humble, petit budget et sérail du cinéma indépendant ou encore des maladresses qu’on pardonne facilement. Sans être un excellent film, ce premier essai est sympathique et plein de bonne volonté mais donc non exempt de défauts propres aux premières œuvres.
Pourtant, ce long-métrage commence fort et bien, on se dit qu’on va passer un très agréable moment tout du long. Et si la première demi-heure débute comme une géniale comédie gériatrique tendance fantasque et pleine de drôlerie, la suite bifurque davantage vers le drame où on est un peu moins convaincus. Au début, le soleil de la Floride, la truculence du personnage principal, une succession de vignettes particulièrement drôles et une salve de répliques qui claquent et bons mots nous enchante. Durant cette partie inaugurale, on sourit beaucoup des situations pleines de justesse et des quiproquos malicieux porté par ce beau personnage de nonagénaire espiègle, fine et en pleine forme. D’ailleurs, après la tout aussi sympathique comédie policière « Thelma » (inédite en France) où elle menait l’enquête, June Squidd livre une nouvelle prestation impayable et incroyable au vu de ces plus de 90 printemps! Aussi malicieuse qu’émouvante, cette dame fait surtout preuve d’un dynamisme et d’une énergie incroyable à l’écran pour son âge. Elle porte clairement le film sur ses épaules et nous ravit à chaque image!
Cependant, quand on entre dans le cœur du film qui nous narre une histoire de Shoah et porte sur la mémoire, le deuil et l’usurpation, « Eleanor the Great » est touchant mais souvent maladroit. C’est un sujet très lourd et il se marie mal au personnage principal si lumineux et coquin. Le ton reste léger et souriant mais dès lors qu’il s’agit de traiter ces sujets plus sérieux à bout de bras, il semblerait qu’on change de film. Par là même, on n’est pas aussi ému qu’espéré, le film devient moins drôle et plus consensuel à l’image d’une mise en scène appliquée mais encore timide de la part de la Black Widow du MCU. Cela n’empêche pas cette jolie comédie dramatique d’être délicate, tout à fait recommandable et de nous faire passer un bon moment.
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