Léon sous acides.
Une chose est sûre, ce long-métrage ne sera pas facile à ranger dans une seule case! Divertissement familial ou pour enfants? Comédie barrée? Film fantastique option merveilleux? Film d’action en huis-clos? Trip sous acides? Film d’horreur soft? Honnêtement, « Dust Bunny » c’est à la fois tout cela mais également rien de tout ça, le parfait prototype du film totalement inclassable. On se demande même à quel public il s’adresse et comment il a, conséquemment, pu trouver un financement car en dehors du cinéma indépendant, les studios font des études de marché avant de produire des films. Et si de prime abord ce long-métrage singulier semble familial, on se rend vite compte que pas vraiment. Il est donc destiné à un public adulte me direz-vous. Sauf que certaines incursions enfantines et son univers coloré proche du conte laissent penser le contraire. S’il fallait peut-être le rapprocher, dans la tonalité et la cible visée, à un autre univers ce serait peut-être celui de Tim Burton. Ce dernier est un auteur qui sait (ou savait) marier une certaine forme de frissons ou de violence avec des visées pour toute la famille, jeunes enfants exclus. Ce positionnement hybride et difficilement identifiable est aussi bien la faiblesse du film que sa force.
En effet, on ne voit pas ce genre de films tous les jours. Et c’est tant mieux. L’intrigue quant à elle fait fortement penser à celle du film culte de Luc Besson (et peut-être son meilleur) : « Léon ». L’histoire entre ce tueur à gages solitaire qui va protéger cette petite fille orpheline de multiples tueurs, tout cela sur le même palier d’immeuble, y fait en tout cas irrémédiablement penser. Burton sur la tonalité, Besson sur le narratif... Oui « Dust Bunny » n’est pas exempt d’emprunts ni de références mais le résultat est quant à lui totalement unique, notamment sur le plan formel. Et pour son premier film, c’est surtout sur ce point que Bryan Fuller impressionne et nous en met plein la vue. Le créateur de la mythique série « Hannibal » mais aussi de la plus boiteuse mais non dénuée d’intérêt « American Gods » a déjà pu montrer ses talents d’esthète et de formaliste. Et bien ceux-ci peuvent véritablement exploser ici.
Il y a d’abord les décors originaux où chaque détail enrichit cet univers étrange mais aussi un univers spatio-temporel indéfinissable où on pourrait se trouver aussi bien dans un Tokyo des années 2050 que dans le Londres des années 70. On ne le saura jamais et c’est tant mieux. Ensuite le réalisateur ne lésine pas sur les cadrages et les mouvements de caméra qui en mettent plein la vue. Du début à la fin, c’est un plaisir véritable régal pour nos mirettes. Certes, la mise en scène est parfois ostentatoire et un chouia « m’as-tu vu » mais l’exercice de style est assumé et c’est définitivement au-dessus de toute critique. Même les cadrages parfois tarabiscotés ont une utilité et servent cet univers bigarré et chatoyant. Car oui, si l’histoire est sombre, le long-métrage fait péter les couleurs à tel point qu’on a parfois l’impression d’être dans un trip sous acides. Ce soin apporté à la direction artistique pour faire éclore un univers inédit aussi joli qu’effrayant se répercute même dans les séquences d’action. Principalement situées dans l’espace exigu d’un appartement où chaque recoin est utilisé à bon escient avec pas mal d’idées à la minute (des chaussures pistolets de Sigourney Weaver au méchant qui se fond dans la tapisserie), elles sont fascinantes.
On sera plus réservé sur l’intrigue qui n’a pas grand-chose à dire. Le scénario oscille entre le déjà-vu (des tueurs à la poursuite d’une gamine) et le paresseux (ce type d’organisation criminelle est encore un dérivé de celle de la saga « John Wick »). On ne s’ennuie jamais mais les enjeux sont assez pauvres et « Dust Bunny » n’évite pas la redite. À tel point que la narration fait un peu du surplace si ce n’est cette histoire de monstre plutôt surprenante et osée. Le mariage de tous ces ingrédients est parfois un peu erratique sur le fond mais rend la forme prodigieuse. En bonus, on a un duo très attachant composé d’un Mads Mikkelsen impeccable en tueur mutique et de la petite Sophia Sloan attendrissante au possible. Sigourney Weaver se positionne comme la (délicieuse) cerise sur un gâteau parfois un peu vide en ingrédients mais de toute beauté.
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