Denis Villeneuve vient de marquer le cinéma de science-fiction d’une nouvelle pierre blanche après la suite réputée impossible mais ô combien réussie de « Blade Runner » et le très beau et intelligent « Premier contact ». Le réalisateur québécois est en train de devenir un maître étendard du genre en le remodelant et en lui apportant une sacrée dose de sérieux, en dévoilant un sens de l’esthétique innovant à faire pâlir n’importe quel amoureux des belles images et cela tout en respectant le public. Après avoir été responsable de la claque visuelle de 2017 avec « Blade Runner 2049 », il nous offre sans conteste et pour le moment celle de cette année avec la nouvelle adaptation de « Dune ». Villeneuve se positionne ainsi comme le plus grand esthète vivant de la science-fiction contemporaine en seulement trois coups. Mais attention, ceci n’est que la première partie, il est donc difficile d’apporter un jugement définitif. Si le bouquet final attendu dans la seconde partie a bien lieu et s’avère raccord avec cette gigantesque et fabuleuse introduction, il se pourrait que cette nouvelle version soit à mettre au panthéon des chefs-d’œuvre ou, a minima, des immanquables de la science-fiction, au même rang que la saga « Alien » ou que « 2001, l’Odyssée de l’espace ».
Adapter de nouveau le mythique roman de Frank Herbert, réputé inadaptable après la déroute de la version de David Lynch dans les années 80, semblait un pari complètement fou. Warner a fait confiance au cinéaste et elle a eu raison. Si « Star Wars », en tous cas les premiers au moins, est la référence dans le space opera plus familial et un paradis à geeks, « Dune » pourrait se voir comme son versant sérieux, sombre, imposant et bien plus cérébral. Et toute l’équipe convoquée pour ce challenge cinématographique a le bon goût d’être sur la même longueur d’ondes pour nous offrir le meilleur. Du script retenu ici et adapté du roman, les scénaristes ont parfaitement compris qu’il fallait vulgariser ces écrits parfois opaques pour les novices et profanes, mais aussi clarifier les enjeux en rendant cette épopée futuriste plus accessible et concise. Et le défi est relevé avec brio tant les nombreux personnages et les antagonismes sont bien assimilés par le public. On regrettera peut-être juste dans cette première partie pourtant déjà bien imposante qu’il y ait quelques petites longueurs, mais surtout qu’il manque une bonne grosse scène d’action longue, ample et généreuse. Sur plus de deux heures et demi, c’est une petite frustration tout comme celle de voir qu’il faudra attendre la seconde partie. Cependant cette frustration-là est bien plus légitime et excitante...
Hormis ce petit détail, « Dune » est en tous points monstrueux et notamment sur la forme comme on le dirait précédemment. Villeneuve coche toutes les cases de la réussite visuelle et de la splendeur. Il parvient à retranscrire en images de manière crédible et pertinente les écrits de Herbert. Et dans sa carrière, c’est la suite de logique de ce qu’il a entrepris avec « Blade Runner 2049 » et « Premier contact », on reconnait sa patte, et Dieu sait qu’elle est en adéquation avec le projet. L’aspect esthétique de ce blockbuster est juste sidérant de beauté et de perfection. Il y a un souffle épique rare qui traverse cette œuvre à travers des images dantesques et rares qui créent un univers pertinent et une mythologie facilement assimilable en plus d’être puissante. Les plans larges sur les décors sont majestueux, les effets spéciaux sont en tous points parfaits et surtout impressionnants et la manière dont Villeneuve conçoit ses plans confine au sublime. Quant au casting, tout aussi impressionnant, il se prête au jeu et se révèle clairement à la hauteur, personne ne se tirant la couverture de manière personnelle. On notera que Chalamet est encore une fois irréprochable et qu’il peut se targuer d’un sacré début de carrière. Ajoutons à cela la partition musicale de l’indéboulonnable Hans Zimmer qui nous scotche à notre siège et vous obtiendrez certainement la proposition de science-fiction la plus aboutie, ambitieuse, imposante et maîtrisée de la décennie. Bravo à Villeneuve d’avoir relevé le défi et vivement la suite! En tout cas cette première partie est tout simplement un pur plaisir de cinéphile exigeant qui fera date.
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