Everybody gonna Dredd.
Autant prévenir tout de suite : tous les adeptes de la finesse et d’œuvres pointues et intelligentes peuvent éviter ce « Dredd » qui leur donnera la nausée. Pour les autres, amateurs de petits plaisirs coupables ou juste d’un divertissement musclé, efficace et généreux, ce film devrait assouvir sans peine leurs envies. Remake ou reboot (on ne sait plus trop à l’heure actuelle) du film de 1995 avec Sylvester Stallone (devenu un nanar culte avec le temps), cette nouvelle adaptation d’un comic book prend le parti d’être plus fidèle à son matériau de base et de verser dans l’action pure et la violence décomplexée. Ce n’est pas fait de manière hypocrite puisque c’est clairement dans la note d’intention. On casse tout, on mitraille dans tous les sens et on explose des têtes dans un joyeux capharnaüm jubilatoire.
On pense beaucoup à des séries B survitaminées et décérébrées mais réussies telles que « Hypertension » ou encore « Guns Akimbo » pour leur violence graphique sauf que « Dredd » gomme tout humour mais sans pour autant se prendre trop au sérieux. Les dialogues sont bas de gamme, le film est très court et ne prend pas la peine de creuser tous les pans de son univers et l’histoire tient malheureusement sur un ticket de métro. C’est vrai que c’est un peu dommage et frustrant car avec plus de développements et d’ambition, ce « Dredd » aurait pu accéder à un autre niveau : celui du grand film de science-fiction dystopique. Ici on a le droit à un film d’action bourrin et frontal qui veut faire plaisir à une catégorie de spectateurs peu exigeants sur le fond mais avides d’en prendre plein la vue sans censure et à ce titre c’est tout bon.
L’univers créé par Pete Travis (réalisateur du petit thriller choral sympathique « Angles d’attaque ») est prégnant et visuellement très agréable. Cette immense ville avec ces blocs de gratte-ciels géants gangréné par les gangs et la violence et sa police de « Juges » est admirable. Les effets spéciaux sont bons compte tenu du budget tout comme les décors qui font parfois penser aux chefs-d’œuvre que sont « Blade Runner » et sa suite. C’est donc visuellement parfois référencé mais toujours loin du plagiat. Il y a plein de trouvailles visuelles (notamment grâce à la drogue Slo-Mo) et des plans sacrément couillus mais jamais gratuits. Aucune impasse sur la violence dans « Dredd » et une méchante sans concession dont on se souviendra (impeccable Lena Headey dans un rôle de vilaine mémorable) font de cette série B un vrai plaisir du samedi soir pour qui ne veut pas réfléchir mais juste voir un film d’action carré, rythmé et impressionnant. Dommage qu’il y ait toutes ces éléments et morceaux d’intrigue juste suggérés qui laisse une mythologie pourtant palpable en jachère. Avec un peu plus de rigueur d’écriture et d’ambition narrative, il aurait pu être dément. En attendant c’est aussi jouissif et agréable qu’un tour de manège à sensations et surtout très humble. Un film qui ne prend pas la tête mais régale les amateurs avec plaisir.
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