Tuer le père.
Amateurs de récits parfaitement clairs et totalement compréhensibles s’abstenir! En effet, avec « The things you kill », le cinéaste iranien Alireza Khatami est parti tourner en Turquie pour plus de tranquillité. Il nous propose une œuvre dont la première moitié prends les atours d’une drame social et familial pertinent et réussi comme le cinéma arabe nous en offre souvent de très beaux et forts, comme ceux d’Asghar Farhadi par exemple. Mais pour ensuite bifurquer totalement vers une seconde partie qui verse allègrement dans une sorte d’abstraction fondue dans ce réalisme. En effet, durant la seconde heure, la narration devient plus trouble, une sorte de fantastique apparaît, les symbolismes et les allégories s’invitent à la fête et le mystère quant à ce que l’on voit demeure opaque. Cependant, tout cela s’inscrit dans le réel établi au départ; on n’est pas dans un film presque mystique comme peuvent l’être, dans un genre similaire, des longs-métrages comme « Donnie Darko » ou « Mulholland Drive ».
« The things you kill » est assez lent dans son déroulé mais jamais monotone. Que ce soit les débuts qui narrent les rapports complexes d’un expatrié, Ali, qui revient en Turquie et qui développe des rapports compliqués avec un père violent et autoritaire, notamment après la mort de la mère qui va cristalliser ses rancœurs envers le vieil homme... Il est aussi question de paternité sous une autre forme puisque le personnage principal apprend sa stérilité alors qu’il veut être père. Quand la mort de la matriarche devient suspecte pour Ali, le script prend une tournure plus tendue et opère un virage vers le thriller, quittant peu à peu la chronique versée dans le drame du début. Le suspense est alors coulé dans une atmosphère étrange et des changements narratifs s’apparentant au surnaturel et au film psychanalytique s’appliquent, tout cela amplifiant ce ressenti bizarre mais plaisant.
Tuer le père, la transmission de la violence et le patriarcat sont les thèmes convoqués et appréhendés ici mais sans analyse précise et définitive. On est plus dans la psychologie et la symbolique que le spectateur peut décider de décrypter. On peut aussi juste se laisser emporter par cette ambiance presque malsaine et délétère sans se triturer les méninges. « The Things you kill » ne plaira pas à tout le monde et coche toutes les cases de l’œuvre clivante. Il faut accepter de ressortir de la projection avec bien plus de questions que de réponses. À nous, de tenter de comprendre ce qu’a voulu dire Khatami à travers ses jeux de miroir, ces signes ou ces touches presque fantastique. On pense autant à Brian de Palma qu’à David Lynch dans ce labyrinthe psychanalytique enfoncé dans un film qui ressemblerait sans ces touches singulières à un drame social et politique comme le cinéma oriental nous a habitué. Une fois le glissement audacieux et conceptuel ténu opéré, on a droit à une sorte de croisement entre « Un simple accident », un film introspectif et du Lynch. Une œuvre âpre et qui laisse des marques mais qui décante longtemps en nous après la projection.
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