Faire à sa tête
Un peu avant de se lancer dans sa version des comédies
musicales à la manière du à proprement dit révolutionnaire Les
parapluies de Cherbourg, Christophe Honoré s'était attaqué à la
Nouvelle Vague, rien de moins, avec Dans Paris.
Hommage évident,
c'est dur d'imaginer ce que le public moyen qui n'a aucune idée de ce
qu'est la Nouvelle Vague penserait d'un film comme le Dans Paris de
Honoré. Inconstant lui-même dans son style, il n'a peur d'oser et du
même coup de choquer et c'est souvent tout à son avantage.
Dès
lors, rapidement avec sa scène d'ouverture, Honoré ne perd pas de temps
pour accrocher le spectateur et le placer dans sa poche en utilisant
Louis Garrel, son grand protégé, pour s'adresser à celui-ci et
l'avertir comme-ci, comme ça de ce qui s'en vient. C'est d'ailleurs
avec ce même acteur qu'il atteindra les plus beaux moments de folie
alors que le film fait la division entre ce personnage et son frère, en
pleine dépression.
Par contre, si on ne peut nier l'excellent
jeu du particulier Romain Duris, on doit avouer que ses moments forment
une ambiguïtée plus dérangeante. Oui, on aime cette première partie
mettant en vedette cette histoire déconstruite pour expliquer sa
rupture et la déprime qui s'en suit, on accepte également cette
dépression musicale chantonnée lors d'une longue scène ainsi qu'une
autre scène chantée en duo, désormais typique de Honoré avec l'aide de
son fidèle complice Alex Beaupain, mais ça se perd un peu et ça
s'inégalise avec le pendant coquet mettant en vedette Louis Garrel qui
s'amuse sans réserve qui intercale toujours ses moments de grandes
lourdeurs. Ce n'est jamais très lourd toutefois, mais quand même, on
aurait préféré une plus belle maîtrise entre les deux genres pour
empêcher cet effet d'inégalité.
De plus, si on salue ces très
beaux clins d'oeil à la Nouvelle Vague, ce mouvement marginal qui peut
autant agacer que faire sourire par son désir de non-respect des codes
et des règles et de toujours rappeler que c'est bel et bien un film et
non la réalité, on doit avouer que d'autres côtés techniques irritent.
D'abord, impossible de ne pas passer à côté du son, pénible, pas très
au point sans oublier que la plupart des acteurs marmonnent, bref,
l'enfer. S'ajoute à cela la direction photo si incompréhensiblement
fade et morne. Il va vraiment falloir que Honoré arrange ce problème,
s'il touche toujours avec brio la déprime et les désespoirs, il ne
manque jamais d'offrir une certaine luminosité dans ses récits et
propos qui se captent mal par ses images d'un ton terne et grisâtre qui
écorchent. Si cela est supposé être sa signature, c'est bizarre,
difficile de trouver des films plus sombres.
Mais bon, l'écoute
est agréable, les personnages fort bien définis secondés par de très
bonnes performances, l'histoire bien écrite et les nombreux effets de
style bien maîtrisés (chapeau au générique final) pour empêcher le
long-métrage de sombrer dans l'oubli, le regret ou l'ignorance. De
plus, cette belle compilation de beaux moments autant admirable que
mémorables (de Garrel, narrateur, qui salue sa mère à qui il ne parle
presque plus, en passant par ce baiser aux yeux bandés) on doit avouer
qu'on finit par craquer.