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Couture

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Rémy Fiers

Basse couture.

Il faut avouer qu’on était très curieux de découvrir Angelina Jolie dans un film tricolore où elle parlerait la langue de Molière. Une œuvre qui se focalise sur les coulisses de la fashion week et prenant pour décor la haute couture et tourné par l’une des cinéastes françaises les plus intéressantes de sa génération, Alice Winocour. Une artiste à qui l’on doit, par exemple, le déchirant « Revoir Paris » avec Virginie Efira sur les attentats du 13 novembre. Avec « Coutures », elle ne livre pas son long-métrage le plus réussi et maîtrisé, c’est indiscutable. Il développe cependant assez de choses intéressantes et contient plusieurs fulgurances visuelles et narratives pour nous satisfaire. On loupe le coche du grand film sur la mode qu’il aurait pu être - et qu’on sent à plusieurs reprises – mais on ne lui en tiendra pas rigueur.

On est loin de la série prestigieuse Apple, « La Maison », sur les coulisses d’une grande maison de mode parisienne lorgnant sur « Dynastie » et encore plus loin d’un film aseptisé et rutilant comme « Le Diable s’habille en Prada » et sa suite, malgré tout le bien que l’on peut penser de ces divertissements grand public. Winocour filme les dessous de la fashion week de manière réaliste, sans fard et sans cliché. Presque de manière triviale, les strass, paillettes, guerres d’égos et postures superficielles étant quasiment absentes, rendant « Coutures » en décalage avec de nombreuses œuvres sur le sujet. Comme si la cinéaste tentait de désacraliser ce microcosme en déjouant la plupart des préjugés que l’on pourrait avoir dessus. Sa mise en scène éthérée et faussement anodine explose lors de la scène finale de l’orage pendant le défilé, aussi sublime visuellement que lourde métaphoriquement.

« Coutures » fait le choix du film choral où plusieurs destinées s’entrechoquent et où l’on passe de l’une à l’autre de manière assez fluide et naturelle. Sauf que, prise séparément, chaque trajectoire est plus intéressante que la somme d’entre elles. Le tout n’est pas homogène et la narration jauge mal ses personnages. Comme si elle se sentait obligée de dérouler le tapis rouge à Angelina Jolie, elle laisse plus de place à la partie avec l’actrice. Et elle a raison tant celle-ci irradie de son talent ici. Ce rôle fait écho à sa propre histoire ce qui rend le tout encore plus bouleversant, l’actrice se met à nu et donne au film ses meilleurs moments. Mais cette hiérarchie dans le montage et le temps d’écran, consciente ou non, entre les quatre différentes trajectoires rend le film bancal. La partie avec la couturière étant étrangement réduite à peau de chagrin. D’autres thématiques sont abordées sans vraiment être creusées et on traverse ce film comme une errance où la mode cristallise aussi la guerre, la maladie ou la création et l’échec. C’est ambitieux et partiellement maîtrisé mais rien que pour la partie avec Angelina Jolie on signe.

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