Le choc des classes sociales.
Pour Bastien Bouillon.
Pour Bastien Bouillon.
Alex Lutz serait-il le brillant réalisateur d’un seul film? On en vient à se le demander. Son premier film, « La Talent de mes amis », était passé complètement inaperçu en 2015 mais son second avait forte impression trois ans plus tard. Il s’agissait du biopic d’un chanteur imaginaire iconique en forme de faux documentaire. Original, piquant et drôle, il avait surpris tout le monde et remporté un César mérité pour le premier rôle qu’il s’était confié. Il s’était ensuite accordé une récréation avec l’errance romantique parisienne « Une nuit » tournée avec son amie Karin Viard. Une œuvre sympathique à défaut d’être renversante. Avec « Connemara » son quatrième long-métrage, il voit plus grand. Mais son ambition n’est pas récompensée, tant cette adaptation du roman éponyme à succès de Nicolas Mathieu, se rate par des choix narratifs et de mise en scène discutables et peu probants.
Pour la première fois, l’acteur et comédien ne se met pas en scène pour se concentrer sur la réalisation et il nous gratifie ici et paradoxalement de son œuvre la moins réussie. On ne pourra lui reprocher en revanche son choix de comédiens pour le duo en tête d’affiche. Mélanie Thierry confirme qu’elle est une comédienne incroyable et peut-être pas assez valorisée dans le cinéma français, ni récompensée à sa juste valeur. Intense et touchante, elle est imprégnée par le rôle de cette femme qui s’est extirpée de son milieu social et qu’un burn-out va faire retourner à ses origines. Bastien Bouillon, un acteur qui ne cesse de grimper, est également convaincant dans la peau de cette ancienne star de lycée qui n’a pas bougé depuis. Leur relation adultère et la passion qui les anime est bien rendue. Dans les seconds rôles, à leurs côtés, il y a de grands acteurs. Jacques Gamblin, Clémentine Célarié ou encore Grégory Montel. Malheureusement ils figurent l’un des défauts de « Connemara » : ils sont sacrifiés au montage (ou dès l’écriture?) et, à aucun moment, ils ne peuvent briller ou défendre leurs rôles. Frustrant, dommage et grosse impression de gâchis.
Cependant, il y a quelques chose d’encore pire dans ce film : les décisions souvent hasardeuses au niveau de la direction artistique prise par Lutz pour mettre en images le roman. Entre des ellipses maladroites, un montage erratique où se mêlent voix off et séquences hachées et mixées les unes dans les autres (fatigant au possible!) ou encore cette caméra qui abuse des mouvements et des flous au point de donner mal au crâne, c’est ampoulé et peu pertinent. Lutz a semble-t-il voulu donner un cachet arty à son film mais c’est plus ridicule et prétentieux qu’autre chose et cela empêche l’émotion de traverser l’écran. Un tel sujet aurait bénéficié d’un traitement plus posé et classique. Au final, plus le film avance, plus ces partis pris formels nous détachent de la sève de cette histoire et on finit par s’en désintéresser. Quant au constat sur le fossé social et le déterminisme, il passe complètement à côté. Et quand débarque la fameuse musique de Michel Sardou, il est déjà trop tard, on est passé à autre chose. À voir pour les acteurs principaux, rien de plus.
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