Avec ce road-movie à pied en mode feel-good movie, Yann Samuell frôle presque le très bon film. Celui qu’on avait découvert avec « Jeux d’enfants », film devenu culte et qui mettait pour la première fois à l’écran ensemble les futurs époux Marion Cotillard et Guillaume Canet, n’avait rien tourné de bien fameux depuis. Entre l’une des deux « Guerre des boutons » (la moins bonne), quelques productions familiales un peu lourdingues (« Le Fantôme de Canterville ») et des téléfilms ou séries télé, le cinéaste n’avait jamais transformé l’essai. Sans être un must « Compostelle » se révèle être un beau film dans le sens large et noble du terme. Il y a les meilleures intentions ici, qu’elles soient sociales ou humaines, et on sort de la projection avec un sentiment de bien-être pour un long-métrage qui a assurément du cœur. Et ce n’est pas rien. Ni si souvent.
Loin de la comédie un peu ratée « Saint-Jacques... La Mecque » de Coline Serreau datant de 2002, ce film-ci prend le même contexte : celle de cette très longue randonnée partant de France jusqu’à ce lieu saint. Cependant, ici c’est pour raconter quelque chose de bien plus profond tout en étant pourtant loin de la spiritualité. Il est ici question de deux personnes qui vont se détester, s’apprivoiser, se déchirer, s’aimer (platoniquement) et se soutenir jusqu’à se sauver l’une l’autre sans s’en rendre compte. Une histoire de seconde chance et de résilience qui porte des valeurs admirables. Le genre de sujet qui fait du bien et qui est inspiré d’un véritable programme existant dont le but est de réinsérer des adolescents délinquants. Il faut avouer que le tout est clairement cousu de fil blanc du début à la fin si ce n’est quelques petites surprises en cours de route. Le road-movie est malheureusement balisé dans les grandes lignes et c’est ce qui empêche « Compostelle » d’être vraiment excellent. Il n’y a pas vraiment de prises de risque et on évolue sur le fil ténu entre émotion profonde et sincère assortie de quelques excès de pathos et d’un torrent de bons sentiments qui s’apprête à ruisseler. Heureusement, on y échappe de justesse la plupart du temps.
Malgré cela, « Compostelle » est bien plus captivant et intéressant que son postulat laissait craindre entre abus de niaiseries et excès de violons. Déjà, le duo formé par une Alexandra Lamy encore une fois parfaite Julien Le Berre (très magnétique et juste) est d’une complicité indéniable. Le fait que le courant passe autant à l’écran entre eux est pour beaucoup dans la réussite du film. Il y a quelques moments amusants et, surtout, l’émotion est souvent là. Les passages touchants ou ceux vraiment puissants (comme le passage dans l’abbaye espagnole ou le final à Compostelle) emportent le morceau. On passera donc aussi sur quelques facilités de script et coïncidences heureuses pour apprécier ce que nous dit ce beau récit. Enfin, chose plus étonnante pour ce type de productions qui aurait pu laisser croire à un format télévisuel : Samuell optimise les magnifiques décors naturels et paysages époustouflants autour de lui pour nous concocter un livre d’images somptueux à travers le sud de la France et le nord de l’Espagne. Voilà donc un film qui fait du bien en plus d’être plus qu’agréable à contempler.
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