Avec son second film, Monia Chokri surprend dans le bon sens du terme. Laissant de côté le chronique de mœurs sympathique mais somme toute assez triviale que l’on a pu découvrir avec « La femme de mon frère », la jeune réalisatrice semble définitivement se lâcher avec « Babysitter » et laisser libre cours à son imagination pour se fabriquer une propre voie. Et, il faut l’avouer, elle est assez unique et c’est tant mieux. Pendant une petite heure et demie, elle nous cueille dans son univers qui ne plaira clairement pas à tout le monde. En effet, cette œuvre est vraiment particulière mêlant les genres, ne se privant pas de sorties de route oniriques et laissant de côté le réalisme des situations et des dialogues pour une tonalité totalement loufoque mais bien gérée. Lorsqu’on adhère, c’est le genre de film qui agit comme une bouffée d’air frais dans un paysage cinématographique de plus en plus formaté et sclérosé.
Cependant, si on peut dire que le film est une réussite dans les grandes lignes pour peu qu’on accroche à cette proposition singulière, il n’est pas exempt de défauts. Loin s’en faut. Mais peut-être que cela fait aussi partie du charme de cette œuvre inclassable entre comédie, romantisme, film social et même échappée fantastique. D’abord, si « Babysitter » débute sur les chapeaux de roue dans sa première partie, il a une fâcheuse tendance à s’essouffler plus il avance et notamment dans le dernier tiers. Pas déplaisant pour autant cette partie est la moins réussie et on sent que le cinéaste tourne en rond et apparaît à court d’idées. Ensuite, le film manque clairement d’une ligne narrative et directrice claire. Ce qui est peut-être aussi la raison du point précédent. On assiste plus à une succession de saynètes qui pourrait faire figure de sketchs (très réussis) pris séparément. Et toutes ces scènes ne sont malheureusement pas abouties de la même manière.
Ceci mis de côté, il faut vanter et même encourager ce genre de cinéma qui ne ressemble pas à grand-chose de connu. Peut-être un zeste de l’absurdité des films de Quentin Dupieux ou un soupçon de ceux du duo Délépine-Kervern. Mais Chokri semble avoir digérer ses influences, quelles qu’elles soient, pour se tracer un chemin qui lui est propre et qui lui ressemble. Un univers rose bonbon qui n’oublie pas d’être parfois douloureux ou plein d’acuité. Le thème de la masculinité toxique, de la misogynie et de la place de la femme irrigue cette œuvre mais de manière légère et tout sauf prise de tête. L’humour décalé ici fait régulièrement mouche et nous enchante à plusieurs reprises au point d’éclater de rire. C’est particulier et absurde certes, mais certaines répliques ou le comique de situation valent vraiment de l’or. Mais la jeune québécoise n’oublie pas de soigner ses images et elle développe un sens du cadrage particulièrement original et adapté à l’étrangeté de ce film. C’est bien simple, chaque plan ou presque fourmille d’idées. Une découverte qui ne plaira pas à tout le monde mais à laquelle on ne pourra pas reprocher sa maîtrise visuelle et comique. On aime!
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