Couperet sauce coréenne.
Voilà une nouvelle adaptation du roman « The Ax » de l’américain Donald E. Westlake après celle de Costa-Gavras en 2005 avec José Garcia intitulée « Le Couperet ». Si cette dernière semblait très fidèle au livre avec son traitement froid et minimaliste aussi bien sur la forme que sur le fond, la version de Park Chan-Wook prend une direction très différente pour me pas dire opposée. Si la tonalité du long-métrage français était très sérieuse et réaliste, « Aucun autre choix » choisit la voie de l’humour noir et de l’outrance mais également de l’épate visuelle (de très bon goût) allant parfois jusqu’au baroque. On reconnaît ici bien le goût du cinéaste sud-coréen pour la violence sèche et l’humour cynique. En effet, les péripéties développées ici flirtent souvent avec un comique presque absurde pour que le spectateur rit jaune sans pour autant se départir d’un certain constat social inhérent à la substance du roman original.
« Aucun autre choix » s’avère donc plaisant même si on s’attendait à ce que Park Chan-Wook aille encore plus loin et frontalement dans l’humour à froid et le malaise. Les péripéties de ce cadre licencié qui va s’attaquer de manière radicale à la concurrence aurait pu être plus cartoonesque et caustique. On a l’impression que le réalisateur n’y va pas à fond, qu’il se retient à plusieurs reprises. Pourtant, le metteur en scène de « Old Boy » est connu pour ne pas y aller par quatre chemins quand il explore quelque chose. Peut-être le signe de la maturité poussant à un certain assagissement, mais qui n’a pas vraiment de raison d’être avec un tel postulat au vu de la tonalité grinçante adoptée. En outre, les deux heures et vingt minutes que durent le film semblent être quelque peu excessives tant certaines séquences sont étirées pour rien (le film ne compte que trois mises à mort et elles prennent beaucoup trop de temps).
Ceci mis de côté, on ne peut que s’amuser des pérégrinations de cet homme (impeccable composition du méchant de « Squid Game » et acteur du génial « J’ai rencontré le Diable », Lee Byung-Hun). Le récit est fluide et l’écriture chirurgicale. Du début, où sa vie familiale semble idyllique, à la suite où s’opère le glissement vers sa tournée mortelle, on sent une satire sociale bien infusée qui lorgne sur celle du multi-primé « Parasite » de son compatriote Bong Joon-Ho. Certes, l’exécution est moins magistrale et définitive mais on ressent le même aspect cinglant et défaitiste concernant nos sociétés et le genre humain. La compétition acharnée pour obtenir un poste, la pression familiale et la volonté de garder son statut social sont bien montrés malgré les séquences souvent tournées vers l’humour noir. L’ajout de l’intelligence artificielle et d’un contexte adapté à notre époque sont bien retranscrits. Au final, « Aucune autre choix » n’est pas le grand film attendu mais il se défend bien. Et la mise en scène virtuose de Chan-Wook, véritable régal pour les yeux sans jamais en faire trop, achève de satisfaire nos besoins cinéphiles en matière de visuel en enchaînant les prouesses esthétiques.
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