Premier film grand public du réalisateur québécois Raphaël Ouellet, un habitué des films d’auteur plus minimalistes, on peut sincèrement affirmer que son « Arsenault et fils » est une très bonne surprise. Si ce n’est la toute fin qui clôt l’histoire un peu comme un cheveu sur la soupe et nous laisse deviner ou supposer le sort des différents protagonistes de manière un peu frustrante, c’est un quasi sans-faute. Le long-métrage nous invite à plonger dans les zones rurales du Québec, entre rednecks et braconniers. Un terrain original et rarement vu au cinéma qui intrigue et parvient même à nous passionner. Car le script marie à cet univers singulier, une intrigue de polar du meilleur effet qui va nous embarquer durant près de deux heures sur les traces de cette famille bien campée avec laquelle on aurait même passer encore plus de temps.
Le film peut compter sur un casting homogène et tout à fait approprié dominé par le trio Guillaume Cyr, Karine Vanesse et Pierre-Paul Alain, tous trois parfaits dans des rôles qui auraient pu être caricaturaux mais qu’ils parviennent à nuancer, notamment pour le dernier. On suit donc la famille Arsenault, garagistes et restaurateurs en façade et braconniers de gibier en cachette. Une famille de brigands pas méchants mais handicapée par les délits récurrents du petit dernier qui ne cesse de créer des problèmes avec les forces de l’ordre, tandis que l’arrivée d’une jeune animatrice de radio va perturber l’ordre en place. Le scénario de « Arsenault et fils » est impeccablement huilé et il parvient à nous captiver sans discontinuer du début à la fin, entre chronique rurale et thriller âpre et sec. On est pris par ce suspense d’autant plus qu’un rebondissement en milieu de bobine rebat les cartes et nous surprend. La tension est palpable tout du long et on apprécie.
Ouellet maîtrise son sujet et son film de bout en bout et on aime ne jamais savoir quelle direction va prendre l’intrigue. Une intrigue qui réserve aussi des moments plus apaisés à ses personnages, permettant de les creuser et de leur donner du coffre. La mise en scène est propre est moderne, ce qui rend cette œuvre d’autant plus agréable à l’œil. Il n’y a aucun temps mort, le contexte est passionnant et l’histoire policière se marie à merveille avec le côté braconnage et infiltration des agents de la faune. On ne peut donc se désoler que la fin s’emballe un peu et parte dans tous les sens sans vraiment apporter de conclusion satisfaisante, comme s’il manquait un petit quart d’heure à cette histoire pour être complète. Mais ne boudons pas notre plaisir car c’est prenant, intéressant et bien joué en plus d’investir un lieu et une communauté rarement vue sur le grand écran.
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