Day-Lewis sublimé en colorimétrie.
Avec trois Oscars, des choix artistiques quasiment toujours prestigieux et reconnus (la seule tâche sur son CV étant la comédie musicale all stars « Nine ») et une méthode d’acting décriée mais mythique issue de l’Actor’s Studio, Daniel Day-Lewis est devenu sans le vouloir l’un des acteurs les plus illustres et mythiques en plus d’être adoubé par ses pairs. De « There will be blood » à « Le dernier des Mohicans » en passant par « Gangs of New York », il a tourné avec les plus grands et livré des compositions monstrueuses. Pourtant, le maestro avait pris sa retraite il y a huit ans après le « Phantom Thread » de Paul Thomas Anderson. Il aura fallu que son fils souhaite se lancer dans la réalisation et qu’ils écrivent ensemble le scénario de son premier long-métrage pour que le comédien sorte finalement de sa retraite.
Et on ne peut qu’être satisfait de voir cet acteur intense et immense au regard perçant revenir aux affaires et nous éblouir de son art. Avec sa prestation d’ermite reclus au fin fond des bois à cause d’un lourd secret, on peut aisément constater que l’homme n’a pas perdu une once de son talent. Le moindre de ses gestes, la plus petite expression faciale et la façon dont il va poser sa voix sur les dialogues est un cours d’interprétation en soi. Le script lui octroie d’ailleurs deux monologues impressionnants, l’un monstrueux de haine et l’autre touchant d’émotion. Day-Lewis brille encore et nous gratifie d’une incarnation magistrale. En face, Sean Bean est davantage là pour lui servir la soupe mais il ne démérite pas. Bref, rien que pour l’acteur le film vaut la peine.
Bon, heureusement, il n’y pas que l’acteur qui puisse nous permettre d’aimer « Anemone ». Ronan Day-Lewis a écrit avec son père une œuvre aussi dense qu’elliptique qui parle de bien des sujets. Sujets que le scénario dévoile avec parcimonie, par petites touches au gré des séquences. Le mystère se dévoile doucement mais surement. Il est question de foi, de pêché, de culpabilité ou encore de filiation. Les thèmes sont lourds mais traités avec soin à défaut de puissance. Là où le film capte l’attention c’est sur son esthétique somptueuse. Peut-être un chouia prétentieux, il n’empêche que la mise en scène frôle plus que de raison le sublime. Rien que la colorimétrie nous enchante les yeux avec ces camaïeux de couleurs froides, entre les bleus, les gris et les verts et occasionne des plans mémorables. Du traveling sur une fête foraine de nuit à ses plans aériens sur les bois ou encore la manière dont est présentée une pluie de giboulés, c’est tout simplement admirable de beauté et agrémenté d’une bande sonore minérale en totale adéquation.
Pour autant, « Anemone » n’est pas le chef-d’œuvre ou l’œuvre phare qu’on sent qu’elle voudrait être. Ronan Day-Lewis exagère de manière inutile la durée de son film. Pas que ce soit ennuyeux ou trop contemplatif, puisque les images définitivement magiques, mais deux heures et quinze minutes pour une telle histoire est beaucoup trop. Cette durée excessive pénalise durablement le film au lieu de mettre en avant les moments forts, ils se délitent quelque peu dans cet étirement vain. Ensuite, on a le droit de ne pas adhérer aux envolées oniriques du film (cette vision sur le lac dont on ne saisit pas le symbolisme par exemple), frôlant la prétention et les maladresses propres aux premiers films. Voilà donc une œuvre prometteuse pour son auteur et qui nous permet de retrouver un acteur essentiel mais qui n’est pas dénuée de défauts l’empêchant d’être excellente.
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