Ceux qui ont suivi Céline depuis ses débuts y verront une tentative de réalisation d’un documentaire sur sa vie et seront très déçus puisqu’ils n’y reconnaitront pas leur idole. Le film va trop loin dans les similitudes avec la vie réelle de Céline, ce qui empêche ses fans d’y voir une fiction. Ceux-ci vont donc se référer constamment aux événements de la vie de Céline en voyant ce film et ils vont décrocher.
Ceux qui ne connaissent pas Céline y verront une comédie romantique à la fois amusante et décontractée et ils vont sans doute apprécier. Le film perpétue le mythe de la jeune fille issue de la classe populaire qu’un prince charmant vient sortir de la vie misérable qui lui était destinée. Le film reçoit d’ailleurs beaucoup plus de bonnes critiques à l’étranger où les événements de la vie de Céline sont moins connus qu’ici au Québec où son évolution en tant que personnage public y a été suivie depuis son plus jeune âge.
Céline est née en 1968 et on ne reconnaît pas le Québec de cette époque dans ce film. Le Québec était déjà dans la modernité durant ces années et on croirait y voir plutôt celui des années 40 et 50. Céline n’est pas née en campagne mais dans une ville de banlieue de Montréal, bien loin de la grande misère dont le film semble vouloir perpétuer le mythe. On est semble-t-il encore dans le narratif de la cabane au Canada et dans celui de Maria Chapdeleine dans ce film dont les mythes sont encore logés dans l’inconscient de plusieurs Français.
Qu’on le voit comme un documentaire biographique raté ou une comédie romantique amusante, l’accent de Valérie Lemercier est tout simplement affreux dans ce film. L’actrice a tellement essayé de reproduire l’accent québécois de Céline, en prenant un ton plus grave que son naturel, que ça en devient loufoque. Elle retrouve d’ailleurs son accent premier dans quelques répliques où l’émotion est présente. Difficile d’avoir un accent trop éloigné du sien et de demeurer crédible lorsqu’il faut rendre les émotions vives que nécessitent certaines scènes. L’actrice n’a donc pas réussi à nous convaincre là-dessus.
Le fait que Valérie Lemercier joue Céline à 5 et 12 ans frise le loufoque. On aurait pu utiliser pour ces scènes de jeunes comédiennes au lieu des rendus comiques et ridicules de Valérie Lemercier qui nous sont servis.
On a aussi ratissé beaucoup trop large de la vie de Céline dans ce film. On survole certains événements qui auraient eu intérêt à être mieux rendus et on s’attarde à des anecdotes insignifiantes qui n’ajoutent rien à la trame narrative ou au développement des personnages de ce film.
L’évolution de la relation amoureuse entre René et Céline n’a pas été illustrée non plus de façon convaincante et celle-ci a évolué beaucoup trop rapidement dans la trame du film. Quelqu’un non au fait des événements de la vie du couple ne comprendra pas bien les circonstances, le cheminement et l’aboutissement de cette relation.
On a beaucoup trop insisté sur le luxe et les excès de richesse de René et Céline lorsque rendus célèbres, ce qui nous en donne une image moins sympathique qu’il ne devrait. Beaucoup trop d’insistance sur les problèmes de conception assistée du couple. Pas assez de rendus de l’admiration que tous ses fans ont envers cet artiste. La scène où René apparaît à côté d’elle dans son lit en rêve après sa mort nous semble loufoque et sortie de nulle part.
En conclusion, le problème de ce film est que c’est la réalisatrice elle-même qui joue le rôle principal et elle n’a donc pu avoir le recul nécessaire en cours de tournage pour juger de sa propre performance. N’eut-été des performances de Sylvain Marcel et de Daniel Fichaud qui ont fait le maximum pour rendre leurs personnages crédibles malgré la pauvreté du script, ce film n’aurait pas valu la peine d’être vu.