Affiche du film  World Trade Center
© Paramount Pictures

World Trade Center

Version en français
v.o.a. : World Trade Center
9 août 2006

L'harmonie dans le désordre

Photo Par Karl Filion
Par rapport à Alexandre, rien à dire, on note déjà une belle amélioration, mais par rapport aux classiques immortels du grand Oliver Stone (Platoon, Natural Born Killer, ou JFK) on est en droit d'être déçu par ce lancinant, monotone et redondant mélodrame qui demeure du début à la fin bien trop classique. D'autant que, s'il faut comparer, United 93 était bien meilleur.

Le 11 septembre 2001 est sans doute une journée qu'on n'oubliera pas de sitôt. Mais si le moment est immense autant dans ses répercussions actuelles que futures, le film de Stone n'arrive pas à en saisir toutes les complexités. Et d'autant qu'avec cette allure polie, presque propre, de manipulation propagandiste et religieuse, d'autosatisfaction et de complaisance américaine, on n'a vite fait de se désintéresser complètement du destin de ces deux policiers pour voir le panneau lumineux qui clignote en disant : « pleurez, pleurez parce que c'est triste. » Musique comprise.

Le matin du 11 septembre 2001, deux policiers new-yorkais se lancent dans les tours jumelles du World Trade Center pour tenter d'aider les travailleurs à évacuer l'édifice. Pourtant, quelques temps après l'impact, les tours s'effondrent, emprisonnant sous les débris les deux hommes. Tandis qu'ils tentent de survivre, leurs femmes s'inquiètent de leur absence et les secours se mettent à leur recherche pour les extirper des décombres.

Nicolas Cage et Michael Peña portent donc la moustache avec une fierté patriotique, et incarnent tous les deux de valeureux pères de famille (parce que c'est eux qu'il faut sauver d'abord!). Entre les portraits plus ou moins flagorneurs de leur famille et de leur courage, on a droit à quelques images chocs de la ville de New York, évidemment brûlée vive par les événements. Et tandis que les deux hommes luttent pour leur survie et qu'ils parlent de leur famille et de leur carrière afin de rester éveillés on a bien hâte qu'ils finissent pour s'en aller. Et allez savoir qui a le plus de difficulté à rester éveillé, eux, ou nous?

Et heureusement que le soldat envoyé par Dieu (quel symbole!) était là, parce que sinon nos deux beaux, grands, forts et moustachus héros américains n'auraient pas survécu, ou alors on serait resté là toute la journée à les chercher dans les débris et à se dire combien on est triste.

La réalisation de Stone est banale et sans signature. Ç'aurait pu être celle de n'importe qui tellement tout est aseptisé et académique, tellement il a laissé de côté sa signature particulière et son sens de la subversion. Et c'est franchement beaucoup trop long, tous ces retours en arrière, les deux heures du film en paraissent quatre tellement on se répète.

Les acteurs sont la seule vraie richesse de ce film, car même si Cage demeure, lui aussi, très près des attentes et des canevas hollywoodiens, son collègue Michael Peña s'avère rigoureusement efficace, entre le désespoir et la résignation, entre la panique et la lucidité. Intéressant, d'ailleurs, cette opposition constante, dépeinte avec crédibilité et efficacement. Et même si on doute de la pertinence des personnages de Maggie Gyllenhall et de Maria Bello, on ne peut pas douter de leur performance. Efficace.

La seule émotion qui transparaît de World Trade Center est automatique, comme un réflexe, parce que c'est vrai que c'est une triste histoire. Mais ce qui est le plus décevant, c'est le traitement qu'on en a fait : trop long, trop forcé, trop propre, trop parfait malgré tout. Ceux qui meurent ne sont pas des personnages importants, et les survivants sont des modèles de vertu, qui n'ont qu'écouté leur courage. Dommage parce que l'Histoire, avec ou sans le h majuscule, est déjà assez triste comme ça, on n'avait pas besoin d'en corriger les défauts.
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Photo Karl Filion

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