Affiche du film  Whitewash : L'homme que j'ai tué
© Les Films Séville

Whitewash : l'homme que j'ai tué

Version en français
v.o.a. : Whitewash
v.o.a.s.-t.f. : Whitewash : l'homme que j'ai tué
22 janvier 2014

Comme la neige a neigé

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Le silence oppressant de Whitewash, qui n'est que freiné par le bruit du vent dans les branches des arbres en hibernation ou celui d'une narration externe troublante (notamment parce qu'elle s'adresse directement au spectateur et juge délibérément et sans gants blancs les sentiments que pourraient provoquer certaines scènes), apporte une personnalité atypique au film d'Emanuel Hoss-Desmarais. Une personnalité à la fois inquiétante et dérangeante. La neige vient jouer un rôle important dans ce récit à l'humour noir et l'ambiance déviante. Cette histoire n'aurait pas pu avoir lieu sans la neige et sans la rigueur de l'hiver. Le froid et la glace déterminent à la fois la personnalité du héros et l'évolution tragique de la narration.

L'idée de raconter cette histoire de manière décousue (l'élément déclencheur - la mort du personnage interprété par Marc Labrèche - arrive dans les deux premières minutes du film) insuffle une curiosité différente de celle que l'on est habitué d'avoir au cinéma. On veut savoir s'il se fera attraper pour son crime; oui, mais davantage pourquoi il en est venu à tuer un homme, pourquoi il a posé ce geste irrévocable et se cache maintenant dans les bois avec l'arme du crime. La psychologie derrière Whitewash et ses personnages - à la fois lugubres et désemparés - est intéressante. Les réflexions du protagoniste, alors qu'il se tapit dans la forêt, alors qu'il sombre dans la folie, arrivent à bouleverser le spectateur. Il répète, par exemple, sa défense face à des policiers imaginaires, jusqu'à blâmer sa déneigeuse et à l'observer, inquiet, à travers un trou qu'il a creusé dans son igloo.

La réussite d'un film comme celui-ci repose, évidemment, en grande partie, sur le travail d'acteurs exceptionnels et sensibles. Thomas Haden Church est vibrant dans le rôle principal. Malgré la folie qui s'empare de lui, malgré ses élucubrations déjantées, le comédien parvient à engendrer de l'empathie chez le spectateur. Tout le contraire de ce que le personnage de Labrèche éveille. Il est menteur, profiteur, pervers, présomptueux et fanfaron. On le déteste dès la première seconde, et ce, même si on le retrouve dans une situation de détresse psychologique importante.

Il y a certains détails vraiment intéressants dans Whitewash, certaines trouvailles méritoires qui apportent une fantaisie inattendue au récit. Je pense entre autres aux yeux de poupées que fabriquait la défunte femme du héros. Ce sont ces éléments épars et, à première vue, insignifiants, qui font la singularité et l'agréable étrangeté de Withewash. Malgré ses qualités, le drame possède tout de même quelques longueurs, qui peuvent détourner l'attention du spectateur pour de bon. L'univers sinistre (presque poétique) de Withewash est bien rendu, mais il apporte une lourdeur qui, elle, est difficile à contrôler, et à retenir pour ne pas qu'elle devienne trop fastidieuse.

Partager sur : Twitter Facebook
Photo Elizabeth Lepage-Boily

Mes dernières critiques

Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.