Affiche du film  Whiplash
© Métropole Films Distribution

Whiplash

Version en français
v.o.a. : Whiplash
v.o.a.s.-t.f. : Whiplash
2 décembre 2014

Intensité comme mot d'ordre

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Les critiques internationales sont dithyrambiques envers Whiplash. Le film fait presque l'unanimité à travers le monde, de quoi attiser la curiosité de n'importe quel cinéphile. C'est donc excitée que je me rendais au cinéma aujourd'hui. Une partie de moi ne pouvait, par contre, s'empêcher de trouver la trame narrative plutôt simpliste; ce maître d'orchestre, professeur de musique ou chef d'une chorale qui utilise des techniques répréhensibles afin de pousser ses élèves à bout pour que, ultimement, ils se dépassent, n'est pas particulièrement original. Mais, visiblement, ce n'est pas l'originalité d'une idée qui fait les grands films, ou du moins, pas uniquement. Il y a un contrôle de l'objet filmique dans Whiplash qui surpasse le besoin de nouveauté et d'originalité.

Quelques caméras à l'épaule, beaucoup de travelling, des plans serrés en quantité, Whiplash nous offre une réalisation et une cinématographie impressionnante, à la fois enveloppante et étouffante, qui démontrent une maitrise cinématographique prodigieuse. L'intensité est définitivement le mot d'ordre ici, autant comme thématique que comme prétexte actanciel. Andrew, le protagoniste, joue de la batterie comme si sa vie en dépendait. Chaque coup de baguette est un battement de coeur, et le public le ressent dès les premières images; un travelling avant mécanique, magnifiquement contrôlé, qui nous laisse entrer dans l'univers d'un jeune musicien de 19 ans, plein d'ambitions, mais rempli de doutes qu'un chef d'orchestre cruel n'aura aucun mal à engraisser davantage.

Cette motivation du protagoniste de devenir un des grands musiciens de l'histoire afin de ne jamais être oublié en est une particulièrement riche philosophiquement parlant. Cette scène - l'une des rares qui ne se déroulent pas dans une salle de concert ou de répétition - où Andrew est assis autour d'une table avec des membres de sa famille que tous qualifient de prolifiques et d'honorables, s'avère d'une véracité déroutante. Vaut-il mieux vivre pour des siècles grâce aux marques laissées à l'Histoire, ou subsister à travers les gens qui nous ont aimés? Une réflexion des plus intéressantes pour un film qui est d'abord musical.

Miles Teller, que l'on a pu voir dans plusieurs productions pour jeunes adultes ces dernières années (FootlooseProject XThe Spectacular Now21 and OverThat Awkward MomentDivergent) démontre ici qu'il peut faire bien mieux que le pitre pour les ados. Sa performance est digne de se retrouver parmi les meilleures de l'année. Son jeu, parfois dépouillé, parfois forcené, nous sidère par son réalisme. J.K. Simmons est également prodigieux dans ce rôle qu'on aime haïr.

Whiplash mérite amplement ses dithyrambes. Le bruit des percussions et des cymbales résonnera longtemps dans votre tête après le visionnement. Il hantera votre sommeil et chiffrera vos pas. Mesurera les battements de votre coeur et celui de vos paupières. Il vibrera dans vos oreilles jusqu'à vous faire taper du pied. Il vous soûlera d'ambitions et noiera vos regrets. Les battements de Whiplash vous pourchasseront si longtemps que vous-mêmes ne pourrez qu'être dithyrambique.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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