Affiche du film Whatever Works
© Les Films Equinoxe

Whatever Works

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Whatever Works
25 juin 2009

Happy end

Photo Par Karl Filion

Woody Allen s'est trouvé une nouvelle jeunesse ces dernières années (elle s'appelle Scarlett Johansson) et s'est exilé en Europe afin de donner un second souffle à sa filmographie. C'est comme s'il avait quitté sa femme, New York, pour un week-end avec sa maîtresse, le Vieux Continent. Cette escapade lui a fait le plus grand bien. Il s'en est inspiré pour réaliser certains de ses meilleurs films, dont l'exceptionnel Match Point. Déçu, peut-être choqué de voir que Scarlett avait trouvé l'amour ailleurs, il est rentré à New York, est devenu vieux et aigri, d'un pessimisme exacerbé qui teinte son nouveau film, qui est certainement sont moins inspiré des dernières années. Pas complètement raté non plus, cela dit.

Boris Yellnikoff est un vieillard malheureux et suicidaire qui vient de quitter sa femme. Totalement cynique par rapport à l'existence, il vit seul dans un misérable appartement new-yorkais. Un soir, une jeune fille du Mississipi attend devant chez lui et lui demande quelque chose à manger. Il la fait entrer, et elle ne le quittera plus. Après leur mariage cependant, la mère de la jeune fille débarque à New York, et va venir bouleverser leur vie.

Comme il l'a souvent fait au cours de sa carrière, Allen s'adresse ici directement au(x) spectateur(s) à de nombreuses reprises au travers d'un alter ego très peu subtil, voire redondant. Ses longs monologues ont un manque flagrant d'inventivité et sonnent vraiment comme des ragots de vieux grincheux. Ce n'est pas aussi fin qu'Allen l'est habituellement, que ce soit en comédie ou en tragédie.

Bien sûr, Allen démontre à nouveau une grande conscience du cinéma et de ses mécanismes. Il est évident que ses personnages, de fieffés stéréotypes, sont conçus ainsi, et les transformations absolument farfelues de la mère du Sud en artiste polygame et du père adultère en homosexuel refoulé, qui fonctionnent assez bien niveau comique, sont très révélatrices en ce sens. D'autres, moins maîtrisées, comme la présence d'un comédien trop parfait qui, dans la vraie vie, serait un dangereux étranger duquel on se méfie, fonctionnent beaucoup moins bien.

D'autant que le personnage principal d'Allen, qui est en fait lui-même mais qu'il n'incarne pas, manque grandement de charisme. Larry David est un humoriste américain, vedette de la série télévisée Curb Your Enthousiasm, qui semble confiné à un seul rôle. Son visage n'est pas crédible, sa voix n'est pas crédible et son jeu, très limité. Evan Rachel Wood lui donne une réplique beaucoup plus audacieuse qui a des véritables moments d'illumination (non-intellectuels). Les meilleurs moments du film se trouvent autour d'elle, alors qu'elle répète à la sauce populaire les observations « géniales » de son mari « génial ».

Un film très mineur - écrit il y a trois décennies - dans une oeuvre riche qui s'était trouvé un deuxième souffle récemment. Une petite erreur de parcours qui demeure bien plus cinématographique et bien plus intéressante que plusieurs productions récentes. Ce qui n'empêche pas qu'on aurait aimé en avoir plus de la part d'Allen, autre chose en tout cas que ce déplaisant sophisme : « si ça fonctionne... ».

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Photo Karl Filion

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