Affiche du film  Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
© Métropole Films Distribution

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

Version en français
v.o.a. : You Will Meet a Tall Dark Stranger
v.o.a.s.-t.f. : Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
27 octobre 2010

La femme en rouge

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Woody Allen possède un style particulier, une dynamique narrative incomparable, souvent imitée mais jamais égalée. Le cinéaste, maintenant âgé de 76 ans, trouve encore la force de réaliser un film par année (si ce n'est pas deux) sans jamais tomber - ou presque - dans la facilité ou la complaisance. Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu est à l'image de ses oeuvres précédentes: des personnages authentiques et attrayants aux prises avec des débats moraux, une image épurée ainsi qu'un métissage pertinent entre la comédie noire et le drame intimiste.

Roy tente désespérément de rédiger son prochain roman, mais l'inspiration lui manque. Sa femme, Sally, rêve d'inaugurer sa propre galerie d'art, mais pour subvenir aux besoins de son mari chômeur, elle doit travailler pour un homme d'affaires aux moeurs légères. La mère de Sally, récemment divorcée, rencontre fréquemment une diseuse de bonne aventure qui la rassure sur son avenir, alors que son père entretient maintenant une relation avec une prostituée, incapable d'assumer son âge avancé.

La richesse émotive des protagonistes, leur typicité, leur profondeur, donnent au récit une âme particulière, une subtilité narrative qui définit communément les oeuvres de Woody Allen. Sans cette intelligence dramatique et cette construction rigoureuse du scénario, les films du cinéaste américain ne seraient qu'une pâle représentation du quotidien, mais ses talents de conteur, de vulgarisateur, font de ces longs métrages de fiction de prodigieux - et inimitables - contes urbains. C'est encore une fois le cas ici.

Dans ce film - que l'on pourrait décrire comme une tragi-comédie -, Allen tente de nous illustrer l'inévitabilité de la vieillesse et l'empressement de se définir dans une profession ou un statut social pour qu'en fin de parcours cette vie ait une valeur significative. Le jeu éloquent des acteurs en est pour beaucoup dans l'efficacité de la transmission du message. Gemma Jones, qui incarne une vieille femme désemparée et aigrie, est d'une authenticité et d'une fragilité palpables. Josh Brolin livre également une performance toute en nuances dans son rôle d'auteur déchu.

Chaque histoire parallèle a son influence sur la précédente et assure la continuité du récit, son équilibre interne. Malgré la complexité et la subtilité de certaines d'entre elles, le réalisateur d'expérience parvient à assoir différents référents au coeur du récit pour ne pas confondre le spectateur - la narration étant la balise la plus évidente. Comme c'est le cas fréquemment dans ce genre de film « choral » certaines histoires sont moins intéressantes que d'autres, mais l'amalgame final brosse un portrait efficace d'une famille (élargie) prisonnière d'un destin commun inévitable, mais effrayant.

Il n'y a que Woody Allen pour rendre un hommage si juste et candide à la réalité. Rien dans ce film n'est absurde ou insoluble, il est possible que l'on se reconnaisse dans l'un ou l'autre des personnages, au caractère pourtant inusité (nous sommes tous les protagonistes de notre propre fiction). Peut-être que certaines longueurs ou mollesses narratives auraient pu être évitées (le personnage qu'incarne Freida Pinto est plutôt stérile en comparaison aux autres), mais, somme toute, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu est à la hauteur des attentes que l'on peut avoir en regardant un film du grand Woody Allen.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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