Affiche du film  Ville-Marie
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Ville-Marie

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Ville-Marie
7 octobre 2015

Accident de parcours

Photo Par Martin Gignac

Il n'y a rien de plus difficile à réussir qu'un deuxième long métrage. Bon nombre de réalisateurs se sont cassé les dents en tentant de rivaliser avec leurs excellents premiers essais. C'est le cas de Guy Édoin avec Ville-Marie.

L'effort très ambitieux - sûrement trop - est une sorte de film choral qui tourne autour d'un hôpital de Montréal où défilent une actrice (Monica Bellucci) et son fils (Aliocha Schneider), une infirmière (Pascale Bussières) et un ambulancier tourmenté (Patrick Hivon). Ils ont tous un mal de vivre, une solitude ancrée en eux qui sera ébranlée par de terribles accidents.

Cette noirceur demeure cependant lisse tant les personnages sont mal développés. Malgré des performances honorables de comédiens aguerris, les êtres qu'ils défendent s'avèrent unidimensionnels. Le scénario ne prend pas le temps d'explorer leur psychologie, il ne fait que les éclater avec ses poncifs sur la maternité et leur sentiment de culpabilité. Ils sont désincarnés, trop éparpillés dans de vulgaires stéréotypes.

La situation ne serait pas si grave si les dialogues n'étaient pas aussi appuyés. Tout est souligné pour bien comprendre les intentions de chacun. Dans le fond, l'ambulancier est un bon gars, s'il faut en croire une collègue de travail et une barmaid que l'on voit une seule fois. Même l'infirmière le dit, péniblement, en faisant la morale, pour justifier ses tourments. L'information trop plaquée fait irruption de façon non naturelle, pour rappeler un détail qui a son lot d'importance (quoi, elle n'a pas vu son fils depuis TROIS ans et il a été TRAUMATISÉ par son passé?). À force d'expliquer encore et encore, on élimine toute trace de subtilité. Et lorsque les âmes souffrent et que tout le monde se met à boire (évidemment), le spectateur ne ressent rien, car l'attachement n'a pas eu lieu. Pire encore, la tragédie est si exagérée qu'elle finit par verser dans la comédie involontaire.

Une fois passée une scène d'introduction à couper le souffle, on attend que le récit lève et il ne le fait jamais. Montréal est rapidement accusée de tous les maux des héros. Avec ses constructions, ses cônes orange, ses artères dangereuses et son bruit omniprésent (martelé à plein d'endroits), mieux vaut retourner à la campagne. Le quotidien à l'hôpital est une série d'heures supplémentaires et de manque de sommeil, alors que le destin de l'actrice n'est guère mieux. Une très longue section est développée à ce sujet où il est question du film dans le film. Des mises en abyme volontairement exagérées - on dirait De Palma revu et corrigé par Jacques Demy - qui sont redondantes et lassantes, aux antipodes de La nuit américaine de Truffaut.

Il y a pourtant un talent certain chez Guy Édoin. Peut-être pas dans ses symboles éprouvés et ses clins d'oeil (au mythique Ballon rouge, vraiment?), mais le cinéaste possède un style qui lui est propre. Sa mise en scène est vivante, d'une rare élégance formelle avec cette magnifique photographie et cette musique tout en contraste. On ne comprend pas trop son obsession pour les ambulances et on aimerait tant qu'il laisse parler ses images au lieu de les noyer de mots superflus. Il avait réussi à le faire brillamment avec Marécages et ses précédents courts métrages, pourquoi ce n'est pas le cas de Ville-Marie? Mystère, mystère. De son côté, le prochain film sera décisif...

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Photo Martin Gignac

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