Scène du film Young Victoria
© Alliance Vivafilm

Victoria - Les jeunes années d'une reine

Version en français
v.o.a. : The Young Victoria
v.o.a.s.-t.f. : Victoria - Les jeunes années d'une reine
16 décembre 2009

Les belles choses

Photo Par Karl Filion

Il y a plusieurs phénomènes inexpliqués au cinéma, dont certains n'ont absolument rien à voir avec le paranormal et les invasions extraterrestres. Par exemple, tenez, cette manie du « beau »; de voir les beaux paysages, les beaux costumes et les beaux acteurs comme des qualités d'un film, comme des manifestations palpables de l'art véritable du cinéma. Victoria - Les jeunes années d'une reine est débordant de beau et de voluptueux, dans ce qui semble être un fin souci du détail. Heureusement, le nouveau film de Jean-Marc Vallée a d'autres qualités.

La jeune Victoria vit avec sa mère et son conseiller en attente de la mort du Roi Guillaume IV, de qui elle prendra la place. Héritière du trône à 18 ans, elle subit de fortes pressions afin de laisser sa place à un régent. Mais la jeune femme s'entête et est finalement couronnée. Dès son accession au trône, elle doit gérer les affaires d'état, dont celles du Parlement britannique, profondément divisé. Elle s'assure des conseils de Lord Melbourne afin d'éviter les erreurs. Ce faisant, elle reçoit au château de Buckingham, nouvellement terminé, le jeune Albert, envoyé par le roi de Belgique afin de lui faire la cour.

Le beau, donc, cet énergumène qui fait rêver les petites filles, est au centre d'à peu près tous les films historiques. Comme si la caractéristique principale de l'Histoire, c'était sa perfection. Tout est exactement comme on l'imagine... habituellement. Parce que Jean-Marc Vallée, même s'il se découvre un talent pour filmer toutes ces belles choses, n'en fait pas le centre, ni une vulgaire satisfaction élémentaire, de son récit. Parce que les petites filles qui rêvent d'être une princesse, ici, en auront aussi le revers de la médaille : diriger, c'est pas pour tout le monde. En première partie du film, alors que Victoria est adolescente, on illustre avec talent les pressions qui assaillent la jeune femme de tous les côtés. La deuxième partie du film permettra de la voir tomber amoureuse, tout en étant la souveraine la plus puissante du monde. C'est là que Vallée est le plus efficace, à la fois dans la modestie des moyens mis oeuvre pour représenter la reine, et ceux visant à la rendre un peu plus humaine. Le détail accordé à la direction artistique est en ce sens fort probant.

La reine amoureuse est aussi délicieuse, coquine, et on s'émeut de la voir si démunie face à son mari et si forte face aux hommes du Parlement. De là les éloges envers le jeu, délicat lui aussi, d'Emily Blunt, qui est excellente. Les comédiens secondaires ont bien moins l'occasion de démontrer l'étendue de leur talent, mais aucun n'est nuisible.

On n'arrive pas à se convaincre, cependant, que le film soit véritablement signé, et la réalisation demeure académique, entièrement dédiée au sujet. Les dialogues ajoutent, par leur simplicité, à cette volonté évidente (et souhaitable) d'ajouter un peu de légèreté à cette institution qu'est la famille royale et que sont les films qui l'aborde. La réalisation donne même, quelque fois, dans une sorte de jazz visuel d'opulence et de candeur.

Espérons que Victoria - Les jeunes années d'une reine soit un premier pas vers une humanisation des personnages historiques, qui tiennent parfois de la légende tellement on embellit leur vie lorsqu'on s'applique à la raconter. Il n'est pas exclu de penser qu'un jour, un(e) insolent(e) aura le courage de montrer que Victoria, Reine d'Angleterre, ou que Marie, mère de Jésus, se masturbaient régulièrement, ou puaient, etc. C'est pourtant l'évidence. Voilà qui serait véritablement fascinant, et qui risque de choquer. En attendant, Jean-Marc Vallée s'applique à réaliser un travail précis, qui se tient entre la reconstitution historique et le film d'amour, et il le fait très bien.

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Photo Karl Filion

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