Affiche du film I nherent Vice
© Warner bros. Canada

Vice caché

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Inherent Vice
v.f. : Vice caché
7 janvier 2015

Se donner le droit d'halluciner

Photo Par Martin Gignac

En ce début d'année, il n'y a aucun film plus attendu que Inherent Vice. Avec The Master, There Will Be Blood, Magnolia et Boogie Nights, le cinéaste Paul Thomas Anderson ne fait pratiquement que des merveilles et plusieurs cinéphiles risquent de désenchanter devant Inherent Vice.

Ce serait pourtant injuste. Pas que ce nouvel effort rivalise avec ses précédents, non. Il prend cependant des risques énormes, se cassant la gueule ici et là (c'est trop long, le rythme est souvent relâché), essayant des choses comme pratiquement aucun immense cinéaste de l'ère moderne ose le faire.

Pour y soutirer le plus grand plaisir, il faut oublier que l'histoire est au centre de tout. En fait, elle n'est qu'une partie intégrante d'un ensemble encore plus grand, au même titre que les acteurs et la mise en scène. La prémisse, volontairement brouillonne et narrée par l'exceptionnelle chanteuse Joanna Newsom, s'étend sur 2 heures 30 minutes et elle implique un détective privé, un policier tenace, un docteur énigmatique, une disparition mystérieuse et beaucoup de drogue. Notre héros passe son temps à fumer de la marijuana et rapidement, il devient impossible de départager la réalité de ses hallucinations.

Un beau casse-tête en perspective qu'il est possible de décortiquer en départageant le symbolisme politique de la métaphore identitaire, alors que le climat de mélancolie et de désenchantement où se déroule l'intrigue - le début des années 70 - prend racine dans un Los Angeles chimérique, dont le rêve américain fait office de réminiscence. Une vision pessimiste et absurde concoctée à la base par Thomas Pynchon, l'auteur du livre éponyme jugé inadaptable (comme tous ses romans), qui devient le pari le plus délicat de la carrière du réalisateur.

Au lieu d'expliquer tous les tenants et aboutissants, Paul Thomas Anderson prend plaisir à entretenir le mystère. Il faudra plus d'un visionnement pour percer à jour cet objet unique et c'est tant mieux. L'intérêt se trouve ailleurs, dans cet humour qui englobe l'écran et qui n'est pas immédiat. À prendre au second, au troisième et même au quatrième degré, Inherent Vice devient la comédie la plus drôle des derniers mois, enlevant du coup le titre à Gone Girl. Le cinéaste s'y connaît en la matière (on oublie trop souvent son très joli Punch-Drunk Love) et il offre une sorte de Big Lebowski tourmenté, avec pratiquement autant de répliques et de situations mémorables.

Plus intimiste que d'habitude dans sa mise en scène et l'utilisation de la musique de Jonny Greenwood, PTA abandonne momentanément son amour pour Stanley Kubrick pour revenir vers Robert Altman. Celui de The Long Goodbye, autre ovni insaisissable et conspué à son époque. Bien que le spectre de classiques tels The Big Sleep et Chinatown plane à l'horizon, le récit est suffisant authentique et personnel pour se tenir seul. Et il peut compter sur une formidable distribution d'acteurs (Reese Witherspoon, Owen Wilson, Benicio del Toro, Martin Short) qui sont tous à contre-emploi. Devant un Joaquin Phoenix parfait en détective privé se trouve l'hilarant Josh Brolin qui lui vole constamment la vedette en policier qui le suit comme son ombre.

À ne pas prendre trop au sérieux et à découvrir sans aucune attente ni idée préconçue, Inherent Vice a tout du film culte. Celui qui divisera public et critique et qui sera redécouvert dans quelques années. Pourquoi attendre jusque-là pour se faire plaisir?

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Photo Martin Gignac

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