Affiche du film Une histoire de Sin City
© Alliance Atlantis Vivafilm

Une histoire de Sin City

Version en français
v.o.a. : Sin City
27 juillet 2005

Les vices 101

Photo Par Karl Filion
Une histoire de Sin City. Un film qui fait l'inventaire de tous les péchés du monde sans en oublier. Un film sur les vices qui se garde bien d'en avoir. Une réussite visuelle impeccable, un film imposant, solide, prenant. Presque beau.

Le film tant attendu du réalisateur Robert Rodriguez (Desperado, Spy Kids), inspiré des bandes dessinées de Frank Miller, s'avère une incursion ultra-violente dans l'être humain et un examen le plus exhaustif possible de ses tares. Terminés les couchers de soleil et les candides dulcinées. À Sin City, le soleil ne se lève jamais et les dulcinées ne sont pas les candides vierges idéalistes du cinéma bucolique, elles sont des prostituées rigoureuses et des sangsues assoiffées (de sang). Personne ici, n'a rien à se reprocher. Les tueurs et les policiers corrompus se côtoient dans le monde visuellement impeccable de Sin City.

Les amateurs ne seront, semble-t-il, pas déçus, et les non-initiés, après un petit effort d'intégration, verront leur travail récompensé par l'immense valeur de l'ensemble d'un portrait très très sanglant.

L'abondance des personnages permet au film de ne jamais se répéter. Au-delà d'un simple récit, le film tente quelques incursions dans leur univers psychologique, il tente de les définir grâce à des motivations qui, sans être particulièrement vertueuses, encouragent ce climat sadique de violence, d'effusions de sang et de sacrifice stoïcien et conscient. Mickey Rourke, Clive Owen et Bruce Willis se partagent le haut de l'affiche, tous les trois avec beaucoup d'assurance, en présentant des personnages complexes qui, malgré toutes leurs fautes, gardent cette petite voix intérieure – qu'on appelle, dans les cercle très fermés de la moralité, la conscience – comme des encadrés de cases de bandes dessinées. Et si ressusciter semble être à la mode, n'oublions pas que Dieu aime tous les pécheurs, même les plus dénoués de remords.

Les nombreux acteurs de soutient qui se greffent à l'histoire ajoutent tous un aspect pertinent de leur personnalité, parfois stéréotypée, et ne gravitent jamais sans raison autour des héros. Jessica Alba partage son évidente sensualité, Elijah Wood étonne et Rosario Dawson détonne dans un rôle et un costume magnifiques. Mickey Rourke tire son épingle du jeu grâce à quelques bonnes répliques et beaucoup de bonne volonté, Clive Owen est fascinant sans qu'on ne sache trop pourquoi – sans doute que cette assurance déstabilisante y est pour quelque chose – et Willis, moins éloquent que ses collègues, paraît souvent désarçonné et faible, même si son histoire est la plus pertinente et la plus complète des trois.

L'effort de réalisation, un travail apparemment colossal, s'effectue autour du travail de la couleur, noir, blanc et rouge, et le réalisateur Rodriguez a efficacement et minutieusement placé les quelques teintes manquantes. Le style ultra-léché de l'ensemble ne s'essouffle jamais et pourrait bien signifier une révolution du travail de l'image par ordinateur. Pas que cette technique soit inédite, non, plutôt qu'avant Une histoire de Sin City, on l'utilisait avec plus de retenue. Cette fois-ci, Rodriguez joue le tout pour le tout et gagne son pari, le visuel de son film n'ennuie jamais, ne diminue jamais d'intensité et est une véritable expérience en soit. L'apport de Quentin Tarantino, limité à une scène entre Dwight (Clive Owen) et Johnny Boy (Benicio Del Toro), ne manque pas de faire sourire malgré la cruauté du propos.

Au final, Une histoire de Sin City est un film mature, destiné à des adultes conscients et réfléchis. Plus déterminé qu'un vulgaire divertissement, le film est une expérience cinématographique d'une grande qualité qu'il faut savourer sereinement, sans s'emporter devant l'aspect plus sanguinaire du projet. Les quelques défauts demeurent des accros mineurs et ne nuisent en rien à l'examen conscient et humain d'un aspect inévitable de l'homme : les péchés. En prêchant par l'exagération comme le fait , on prouve seulement que le bien n'existe que si le mal le complète, et vice(s) versa.
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Photo Karl Filion

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