Affiche du film  Une bouteille dans la mer de gaza
© Filmoption Internationnal

Une bouteille dans la mer de Gaza

Version originale internationale avec sous-titres français
v.o.inter.s.-t.a. : A Bottle in the Gaza Sea
21 mars 2012

Les voisins

Photo Par Karl Filion

Une bouteille dans la mer de Gaza, de Thierry Binisti, raconte une histoire qui ressemble à plusieurs autres histoires inspirées du conflit sempiternel entre Palestiniens et Israéliens, où les prémices semblent être que l'amour - le couple interracial - a le pouvoir d'unifier les peuples. Or, il raconte cette histoire de manière inédite et bien plus stimulante, à travers les bribes de vie que se partagent Tal, une Israélienne de 17 ans d'origine française (jouée par une charmante, mais limitée Agathe Bonitzer) et Naïm, un Palestinien de 20 ans confiné à Gaza (incarné par un Mahmoud Shalaby compétent).

Les deux jeunes gens que tout oppose s'échangent donc des lettres courriels où ils se racontent leur quotidien, en plus de le vie en parallèle. C'est donc l'occasion pour le film d'illustrer les différences entre les deux modes de vie (Gaza et Jérusalem) et le climat de terreur (partagé) dans lequel ils vivent. Cette illustration, subtile et sans préjugés, est probante et émouvante. Cependant, comme les deux personnages centraux ne se rencontrent jamais, leurs « péripéties » personnelles ne trouvent pas d'écho suffisant dans la trame narrative du film. Ce qui va arriver devient pratiquement anecdotique, anodin...

Le film souffre grandement de cette absence d'enjeux centraux; rien ne nous laisse présager qu'il prendra quelque audace que ce soit pour déplaire au spectateur (comprenez ce que vous voulez), ce qui fait que les personnages, en leur qualité de personnages principaux, sont à l'abri de tout. Que peut-il donc se passer, entre Gaza et Jérusalem, qui les mette en danger? Que leurs parents se fâchent? Les quelques tentatives pour ajouter de la tension (un interrogatoire musclé, par exemple) s'intègrent mal au récit.

Par exemple, London River, de Rachib Bouchareb, qui abordait plus frontalement la question du terrorisme, était parvenu à bâtir une tension dramatique forte et porteuse à travers un événement qui s'était déjà produit. Un drame qui se basait sur la crainte et l'anticipation de confirmer des présomptions, comme raconté au passé intérieur, c'est assez insaisissable, mais c'était pourtant plus réel que les enjeux, génériques d'Une bouteille dans la mer de Gaza.

Dommage, car la véracité des personnages est rafraîchissante, tout comme leurs relations familiales souvent joliment délicates. D'autant qu'on n'a jamais l'impression de se faire faire la leçon.

On parle aussi à chaque fois de la difficulté d'adapter pour le cinéma un livre ou toute autre oeuvre littéraire, les deux langages étant à proprement parler incompatibles. C'est d'autant plus vrai dans le cas des livres épistolaires, où la narration rend difficile l'établissement d'un schéma narratif proprement cinématographique. Et malgré quelques jolies trouvailles visuelles, on ne peut pas dire qu'Une bouteille dans la mer de Gaza ne propose une solution à cette énigme de l'adaptation; on dirait même qu'il contourne souvent le problème, mettant en scène des narrateurs lisant à voix haute leurs lettres, dans ce qui est la plus simple transposition possible au cinéma. Ce n'est pas fatal, mais c'est dommage, et c'est à l'image du film : bien fait, sans plus.

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Photo Karl Filion

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