Affiche du film  Un + Une
© TVA Films

Un + une

Version originale en français
10 février 2016

Fontaine de jouvence

Photo Par Martin Gignac

Le cinéma de Claude Lelouch a mauvaise réputation. Il y a un demi-siècle le réputé réalisateur français remportait la Palme d'Or et deux Oscars (scénario original et meilleur film en langue étrangère) pour son excellent Un homme et une femme. Aujourd'hui il est considéré has-been et fini, tournant un peu toujours le même long métrage où il est question des aléas de l'amour et du hasard. N'est-ce pas également le cas de Woody Allen? La grosse différence s'avère que le cinéaste new-yorkais est encore capable de surprendre et de séduire, alors que son homologue multiplie les échecs depuis belle lurette (les derniers étant Salaud, on t'aime et Ces amours-là qui n'ont même pas bénéficié d'une sortie régulière en sol québécois).

Tout pourrait changer avec Un + une, l'oeuvre de la renaissance. Sans parler de révolution totale, il faut remonter jusqu'à Roman de gare et bien avant pour trouver une de ses créations qui est aussi satisfaisante. Peut-être est-ce le tournage en Inde et la quête d'un guide spirituel dont il avait besoin, le voici de retour en belle forme avec un projet qui évoque son mésestimé Un homme qui me plaît. Jean Dujardin incarne un Jean-Paul Belmondo moderne, compositeur et séducteur, qui flirte avec l'épouse (Elsa Zylberstein) de l'ambassadeur français. Lorsque le duo prend le train pour rencontrer une mythique "guérisseuse", la tentation est grande de sauter la clôture.

Formidable directeur d'acteurs, Lelouch laisse tout l'espace désiré à ses comédiens qui brillent d'une lumière incandescente. Jean Dujardin n'aura jamais paru aussi charmant, suave et charismatique, enjôlant l'univers entier de ses sourires. Il trouve une incroyable partenaire de jeu en Elsa Zylberstein, qui s'était bâti une carrière plus qu'enviable dans les années 90 avant d'apparaître dans une série de productions douteuses par la suite (l'exception étant Il y a longtemps que je t'aime). Ce couple produit d'immenses flammèches, monopolisant les regards et l'attention même si le reste de la distribution qui comprend Christophe Lambert et Alice Pol est loin d'être désagréable.

Le scénario n'a jamais été la tasse de thé de ce créateur de plus de cinquante longs métrages et cela ne tarde pas à se faire ressentir. La trame narrative extrêmement mince tend à disparaître devant les interprètes, se répétant allègrement et allongeant un peu trop le plaisir. S'il y a un bonheur palpable à vivre ces émotions du coeur, il est impossible de ne pas remarquer ces dialogues trop soulignés, ces séquences inconsistantes et ces envolées kitch. Des défauts qui ont toujours caractérisé son art et que l'auteur arrive parfois à faire disparaître avec sa mise en scène jeune et mature à la fois, ainsi que les mélodies délicieusement poussives de son éternel collaborateur Francis Lai. Le cadre exotique de l'Inde n'est également pas à négliger, entre cartes postales, Bollywood et intimité néoréaliste à la Satyajit Ray.

Il ne se fait pratiquement plus de films comme Un + une qui combine avec une grande efficacité légèreté et gravité, romance, rires et tendresse. Sans rompre avec tous ses tics, Claude Lelouch arrive à s'en distancer suffisamment pour signer son effort le plus réussi depuis des lustres. Il donne surtout le goût de suivre jusqu'au bout du monde Jean Dujardin et Elsa Zylberstein en cette période grisâtre de Saint-Valentin.

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Photo Martin Gignac

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