Affiche du film  Un poison violent
© FunFilm Distribution

Un poison violent

Version originale en français
20 avril 2011

La chasse aux papillons

Photo Par Karl Filion

Un poison violent est un premier film - français de surcroît - qui est assez incongru par ses thématiques inhabituelles (il met en vedette une jeune fille sur le point de faire sa confirmation - pas exactement l'héroïne typique) et sa subtile rébellion contre une éducation religieuse qu'on devine stricte. L'illustration est sentie et humaine, comme les personnages d'ailleurs, mais le film comporte son lot de maladresses, dont un rythme inégal qui rend difficile l'implication émotive.

À l'image de son héroïne, Un poison violent est gêné, hésitant, et cela donne en premier lieu des scènes parfois trop appuyées qui manquent de subtilité. D'autant qu'on ne traite pas tous les personnages avec la même fibre sensible : la réalisatrice aime tendrement la jeune héroïne Anna et son grand-père impoli, mais accuse subtilement ses parents nouvellement séparés. De la même manière, on aime beaucoup ce prêtre d'origine italienne amateur de foot, et on condamne celui qui, de son regard inquisiteur, vient présider la cérémonie de confirmation. Cet univers, composé de déclinaisons de bons et de méchants, est moins prenant qu'il pourrait l'être si tout le monde était à la fois coupable et innocent. Comme si on essayait de faire porter le blâme à quelqu'un, à rendre la religion coupable de son abandon. Jamais - heureusement - la foi n'est traitée comme un objet anachronique tel qu'on le voit habituellement dans les films qui abordent ce thème délicat.

La jeune Clara Augarde, si naturelle que sa transformation de fillette à femme se fait sous nos yeux, sans prévenir, s'avère être l'aspect le plus prometteur de ce premier film; même face à Michel Galabru, la jeune actrice est confiante et dédiée à un personnage plein de subtilités qui sont difficilement accessibles lorsqu'on ne les vit pas. On a pourtant pleinement conscience de ses réflexions, sans que cela passe par un surplus de mots. La simplicité de son interprétation en est sa principale force; inutile de trop en faire quand on représente si bien le personnage.

Le scénario à l'intérêt inégal recèle de plusieurs jolies scènes qui illustrent avec empathie le trouble des personnages. La musique populaire qui vient appuyer quelques moments plus faibles ne parvient pas à détourner le spectateur de ces flottements dramatiques. Les évanouissements de la jeune fille ne sont pas non plus le moyen le plus fort (ni le plus émouvant) de souligner une décision que prend un personnage. Car si la décision est prise de se libérer de l'emprise de l'Église suite à la cérémonie finale (un discours appuyé par la chanson du générique final - Creep, de Radiohead, chantée par un choeur d'enfants), on adhère à cette idée de rébellion contre une éducation religieuse hermétique qui brime apparemment les petites filles dans leur découverte du désir et de la vie. Voilà qui est intéressant, surtout que ce cas-ci est inoffensif (quelques amourettes dans la forêt) et que les conséquences de cette décision nous importent plus que les causes. Mais lorsque le film y arrive enfin, il est déjà terminé.

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Photo Karl Filion

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