Affiche du film  Un monstre à Paris
© Alliance Vivafilm

Un monstre à Paris

Version originale en français
22 février 2012

La Seine et moi

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Les films d'animation américains avec leurs morales explicites et leurs héros chauvins envahissent nos écrans tout au long de l'année, chapeautés par une campagne marketing à tout casser et une qualité visuelle toujours infaillible. Nous ne sommes donc plus étonnés ni même curieux lorsque sort la nouvelle production de Pixar, Blue Sky ou Illumination. Ce qui est, par contre, peu conventionnel et intrigant, c'est de voir apparaître sur nos écrans québécois un film d'animation français. Même si les standards sont les mêmes que dans les longs métrages américains - on s'adresse à des enfants alors on reste dans les situations simples, les personnages accessibles, rigolos et les blagues de premier niveau -, nos cousins parviennent à apporter une atmosphère particulière qui fait de leur proposition une découverte rafraichissante.

La qualité principale de l'oeuvre est sans contredis sa musique envoûtante, interprétée avec brio par M et Vanessa Paradis - deux voix qui se marient magnifiquement. Les airs folks jazzés ajoutent une personnalité ensorcelante au film et nous permettent d'entrer plus aisément dans ce farfelu Paris des années 10. La musique est tellement adéquate, tellement applicable à l'ambiance, à son aspect énigmatique et ténébreux, qu'on en aurait espéré davantage; plus de sérénades, une plus grande exploitation de ces deux fabuleux interprètes de la chanson française. Le film s'avère, somme toute, davantage un récit d'aventures qu'une comédie musicale, comme elle nous avait été présentée dans la - très accrocheuse – bande-annonce, et un petit pincement de mécontentement accompagne ce choix artistique raisonnable mais moins attractif.

Bien que le style et l'ambiance que dégage le film pourraient encourager des adultes à se déplacer dans les salles obscures, Un monstre à Paris est destiné à un auditoire juvénile principalement (c'est probablement pour cette raison que l'on a délaissé un peu la musique pour se concentrer sur la cohérence d'un récit accessible). Des personnages qui parlent d'une voix aiguë après avoir inhalé de l'hélium, une version ancestrale de la télécommande de voiture moderne et des voleurs qui se font intercepter grâce à des portes qui ouvrent par inadvertance sont le genre de situations comiques que l'on retrouve dans le long métrage d'animation; des pitreries parfaitement adaptées à un jeune public, mais plutôt vides pour les parents. Les personnages sont rapidement étiquetés (bon ou méchant), la narration est simple et linéaire et le film se conclut dans un débordement d'allégresse, de ravissement et de satisfaction du travail accompli; une recette qui a depuis longtemps su prouver son efficacité et qui, même si elle dépite parfois les grands, rassure les petits.

Il est parfois (pour ne pas dire toujours) bon d'être confronté à de la diversité cinématographique, pas uniquement dans les genres - qui sont maintenant tellement croisés que l'on se sait plus comment les nommer -, mais bien dans la provenance de l'oeuvre. Le film d'animation est systématiquement associé à une origine étasunienne pour les Québécois qui consomment, comme tous les Nord-Américains, beaucoup de ce type de films. Pourtant d'autres peuples produisent des longs métrages d'animation, et si Un monstre à Paris - qui est beaucoup plus commercial et monnayable à un large public que la plupart des productions d'animation étrangère -, ne réussit qu'à ouvrir les yeux de certains sur les capacités de d'autres cultures en animation, il aura accompli beaucoup.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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