Affiche du film  Un heureux événement
© Les Films Séville

Un heureux événement

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : A Happy Event
22 mars 2012

Stupeur et tremblements

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Beaucoup de gens, d'artistes ont tenté de décrire la grossesse, l'accouchement et ensuite, le rôle d'une mère, ses sentiments et ses déboires. Certains ont utilisé la métaphore, d'autres la franchise brutale alors que plusieurs se sont contentés de vulgaires stéréotypes. Chaque femme vit ces moments importants de manière différente, mais toutes s'entendent pour dire qu'ils sont marquants, qu'ils bouleversent une existence et laissent des blessures indélébiles tant physiquement que psychologiquement chez la principale intéressée. Le film Un heureux évènement brosse le portrait éloquent d'une femme qui s'apprête à être mère, il décrit chaque étape qu'une nouvelle maman doit traverser, de l'achat de la bonne poussette aux montées d'hormones incontrôlables, en passant par le choix du prénom et les conseils étouffants de tous ceux qui prétendent connaître la vérité sur ces réalités existentielles.

La première demi-heure du long métrage est très rigolote et désinvolte, on s'attache rapidement à cette femme qui loafe ses cours prénataux pour aller jouer aux machines à boules dans un bar et qui s'imagine habitée par un extraterrestre contrôlant chacun de ses désirs et de ses envies. Dès que le bébé fait sa première apparition, la dépression post-partum débute et le ton de l'oeuvre permute complètement. Les moments de folie se transforment en un spleen harassant et parfois déconcertant. Le choc est manifeste et très bien expliqué aux spectateurs tant par une narration fluide que par des images expressives. Le rythme efficace et poignant de la narration ne s'estompe qu'à la toute fin, lorsque la protagoniste, qui s'avoue vaincue et défaite, décide d'accepter l'aide de sa génitrice. En plus d'un relâchement dans le rythme de l'histoire, la seconde demie souffre également du manque d'apartés ludiques qui nous avaient tant charmés en introduction.

La réalisation, colorée et sensible, s'avère l'une des principales qualités de l'oeuvre française. Il y a dans ce film des analogies visuelles stupéfiantes - comme lorsque le personnage crève ses eaux et qu'elle s'imagine se noyer, tomber calmement dans un océan calme et infini - et certaines trouvailles graphiques inusitées et foudroyantes. Le texte, la justesse du scénario, les dialogues acérés, se révèlent aussi être parmi les meilleurs attributs. La voix hors champ, souvent sévère et directe, amène une dimension intéressante au long métrage, un regard tranchant que nous n'aurions pas eu si la production s'était contentée d'une fiction conventionnelle.

Louise Bourgoin est époustouflante, elle réussit à créer une certaine généralité dans son personnage qui permet aux mères, recluses à la maison pour prendre soin de leur petit (comme tous les mammifères le font), de se retrouver, de se sentir moins seules dans ces moments déstabilisants. Josiane Balasko, qui incarne la mère de l'héroïne, est parfaite sous les traits de cette femme irresponsable qui a fait de son mieux pour élever ses enfants, mais qui, pourtant, s'y est mal prise. Pio Marmaï livre également une performance honnête, à l'image du jeune père classique du 21e siècle.

Un heureux événement parvient à traduire la grossesse et ce qui en découle dans une langue que tous comprennent, sans l'idéaliser outre mesure ni la réduire au martyre. Par contre, une notice devrait être apposée avant ce film, pour éviter une diminution marquée et rapide de la croissance de la population : « Ce film est déconseillé à toute jeune mère en devenir qui redoute l'accouchement et tergiverse encore sur ses capacités d'élever un enfant. » La vérité est parfois cruelle.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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