Affiche du film Un été sans point ni coup sûr
© Alliance Vivafilm

Un été sans point ni coup sûr

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : A No-Hit No-Run Summer
31 juillet 2008

L'été de mes 12 ans

Photo Par Karl Filion
Après s'être égaré dans les méandres de son passé (Nouvelle-France, Aurore, Le survenant), le cinéma québécois s'attarde maintenant à une autre époque de son histoire, et pas moins marquante : les années 60. Après Maman est chez le coiffeur, voici Un été sans point ni coup sûr, qui emprunte les robes de rideaux et le bleu poudre d'une époque mémorable... même pour ceux qui n'y étaient pas. Une mystérieuse caméra super-8 (qui se tient toute seule) sera aussi de la partie. Mais voilà, certaines personnes les ont vécues, ces années folles, et l'occasion était trop belle de leur faire plaisir en montrant les voitures, les étiquettes et les marques de leur enfance. Quelques refrains populaires assurent aussi la partie nostalgie de cette reconstitution historique rigoureuse - presque trop - qui laisse beaucoup trop d'avenues inexplorées. Pour faire la métaphore de base-ball obligatoire (la seule, promis), disons qu'on laisse beaucoup trop de coureurs sur les sentiers.

À l'été 1969, Martin rêve de jouer pour les Expos de Montréal, qui disputent leur première saison dans les ligues majeures. Mais son père, plutôt réactionnaire, n'est pas très enthousiaste à l'idée... jusqu'à ce que Martin, comme bon nombre de ses camarades, ne soit pas admis dans l'équipe de la paroisse. Pendant que le monde autour d'eux change rapidement, en particulier la mère de Martin, qui a soif de liberté, ce sera l'occasion pour ces jeunes de former une équipe B et d'affronter les Aristocrates lors d'un match hors-concours.

Un match hors-concours qui est le point culminant de l'été du jeune Martin, incarné avec beaucoup de force par le jeune Pier-Luc Funk. Même sa narration, habituellement un piège impitoyable pour les jeunes comédiens, garde un niveau de langage réaliste et réserve plusieurs des meilleurs moments d'humour du film (adaptation d'un roman oblige). Tous les jeunes comédiens n'ont malheureusement pas cette chance; excepté Funk, ils semblent tous un peu dépassés par les événements, réfugiés dans une époque qu'ils ne connaissent pas avec un texte qu'ils ont si bien appris qu'ils ne peuvent que réciter. Les échanges entre eux perdent donc parfois d'un peu de leur charme tellement on sent le décalage. Patrice Robitaille, au centre du film, conserve un accent « an 2000 » qui étonnamment ne dérange pas vraiment, et a toujours aussi ce talent inné pour la comédie.

En plus de se terminer sur une entorse très grave aux règlements du base-ball (quel arbitre irait sortir son livre des règlements sur le terrain?), le film y va de plusieurs coupures narratives qui l'amputent de plusieurs thèmes et sujets intéressants. Leclerc et le scénariste Marc Robitaille décident de les aborder sans aller jusqu'au bout, et plusieurs questions restent irrésolues. Le passé du mystérieux voisin, un immigré d'Europe de l'Est (à cette époque charnière), est abordé dans une scène ou deux mais à peine effleuré; la mystérieuse absence prolongée de sa fille jamais expliquée jusqu'à ce qu'elle débarque en salvatrice; et puis, la pire de toute, l'absence complète de réconciliation concrète entre les parents de Martin. Dommage que ces sous-histoires soient tronquées pour n'être que des anecdotes bien peu signifiantes. Pourtant, le message est inspirant, ça ne fait aucun doute.

Ce qui n'empêche pas la direction artistique et la direction photo d'être exemplaires, ni d'ailleurs la réalisation d'être poétique lorsque la situation le permet. Parce qu'il s'agit surtout d'abnégation, ici; il faut laisser parler le film, qui a l'immense chance d'être du cinéma. Parce que le cinéma est un Art qui peut décider lui-même des objectifs à atteindre pour qu'il soit un succès. À ce compte-là, évidemment, Un été sans point ni coup sûr en est un. Drôle, pas idiot du tout, familial, c'est un film qui fait chaud au coeur. Mais les limites de cette attitude sont vite atteintes; l'été dont il est question ici est mémorable, mais du film on ne retiendra que quelques jolis souvenirs un peu brouillés.
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Photo Karl Filion

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