Affiche du film Un dimanche à Kigali
© Equinoxe Films

Un dimanche à Kigali

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Un dimanche à Kigali
11 avril 2006

Romance du dimanche

Photo Par Karl Filion
Il faut dire tout de suite que Un dimanche à Kigali n'est pas le film sur le génocide rwandais qu'il prétend. C'est plutôt un très larmoyant mélodrame qui transmet plus de la tristesse que de l'horreur du massacre, qui ne montre que la douleur d'un homme d'une manière très surréaliste. Rien de plus qu'un film d'amour.

Robert Favreau adapte pour le cinéma un livre de Gil Courtemanche, Un dimanche à la piscine de Kigali. Sauf que son film n'est rien au-delà du très morose et désespéré mélodrame qu'il est. Pas un réquisitoire contre la violence, les meurtres, le totalitarisme, le racisme, l'intolérance, rien, juste une histoire d'amour qui a un contexte particulier et à peine effleuré. Peut-être que nous en sommes encore trop près, mais toujours est il que le film de Favreau demeure timide, hésite à montrer, préfère suggérer. Et un comme film ça, si pudique, si propre, ne peut pas dénoncer ou prétendre montrer les horreurs d'une horreur comme le génocide rwandais - ou tout autre génocide. La plaie au Rwanda est peut-être toujours ouverte, reste que Favreau n'a pas voulu y piquer pour la désinfecter, ou l'apaiser un peu.

Sinon, le film joue le jeu du mélodrame avec une grande conviction. Les phrases d'auteurs fusent, les monologues pleins de ressentiment et de tristesse aussi, la poésie, tout ça est drôlement surréel, mais pourrait fonctionner chez des spectateurs dûment avisés. Les déclarations sont enflammées, les amours sont passionnées et inconditionnelles, on se sert des mots pour dire alors que le cinéma devrait montrer. On saurait à quel point l'ambiance était tendue et la violence cruelle si on nous la montrait, ou si on en parlait, plutôt que cette quête irraisonnée d'un homme pour sauver une femme qu'il aime. De l'amour comme ça, il n'y en a que dans les films. Parce qu'il y a beaucoup de tristesse dans Un dimanche à Kigali, mais qu'au-delà de ça, il n'y a pas grand chose ni à dire, ni à espérer.

Luc Picard incarne apparemment son personnage de Bernard Valcourt, mais ce dernier n'est jamais rien de plus qu'un blanc qui s'entête. Au lieu de s'intéresser à la douleur de tout un peuple qui a perdu 800 000 des siens, on s'acharne à vouloir faire passer la douleur de Valcourt, bien banale au fond. Ce n'est pas la faute de Luc Picard, c'est plutôt la faute de ces dialogues fromagés - pour emprunter à l'anglais l'expression la plus appropriée - qu' on lui met dans la bouche et des ces scènes d'amour immaculé et propre, propre, propre.

Entendre dans une salle de cinéma des « Je t'aime déjà trop » ou des « L'exil, même la mort, mais avec toi. » n'est jamais un bonne chose, particulièrement dans un film qui veut dénoncer une situation si grave et tragique que des massacres.

Le scénario de Un dimanche à Kigali recèle quelques surprises de taille. Étonnant de voir comment un père qui refuse sa bénédiction à sa fille pour qu'elle se marie avec un blanc plus âgé change rapidement d'avis. Étonnant aussi de voir comment on caractérise des personnages - celui de l'ambassadrice particulièrement - pour les rendre sympathiques ou antipathiques. Trop simple. On préfère ridiculiser quelqu'un en le jetant à l'eau plutôt que de montrer ce qui pourrait bien être un manque de volonté politique. Difficile de poser un véritable diagnostic, est-ce simplement l'imposant effort de concision de l'adaptation? Ou alors cette pudeur dont on n'a pu se défaire?

Il n'y a bien que la scène finale qui montre une belle maîtrise de l'effet dramatique, et comme par hasard, elle se fait dans le silence. La photographie de Pierre Mignot est très belle, et les paysages magnifiques, sauf que le film n'est pas un documentaire des Grands explorateurs.

Voilà, Un dimanche à Kigali n'est rien de plus qu'un film d'amour. Avec des déclarations, des baisers, du beau sexe propre et lumineux, des grandes paroles, de la bonne volonté, des larmes. Rien de plus, certainement pas un film sur le génocide ou la violence, ni un film sur l'impuissance, plutôt sur l'entêtement. Celui du personnage ou celui du cinéaste qui n'a pas su s'éloigner d'un genre sur-exploité, difficile à dire, mais c'est probablement les deux, celui de l'un passant par celui de l'autre. Et ce n'est certainement pas le meilleur véhicule pour dire que le génocide rwandais est une horreur, que l'impuissance est frustrante, et que la manque de volonté politique est une aberration. On a préféré tout jeter ça à l'eau au profit de l'amour. Dommage.
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Photo Karl Filion

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