Affiche du film Un barrage contre le pacifique
© Métropole Films

Un barrage contre le Pacifique

Version originale en français
14 mai 2009

« Tant de ressentiment n'avait pu s'accumuler que lentement... »

Photo Par Karl Filion

Adaptation aride d'un roman de Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique est un film hermétique sans attrait cinématographique... disons plutôt sans nécessité, sans plus-value cinématographique. Un film avec un ton et une trame qui semblent mieux adaptés à la littérature, pour peu que l'on admette que le cinéma, ce n'est pas quelques belles images et de l'exotisme. Tant et si bien que l'ennui qui semble affliger lourdement les personnages est rapidement et sans cérémonie transféré au public, qui s'ennuie à son tour sans le style vibrant de l'auteur pour raconter. Un film très théorique et bien peu senti, alors qu'on aurait préféré que les vagues d'émotion et de suspense viennent inonder l'écran et pourquoi pas, gâcher la récolte et brasser quelques émotions.

Au début des années 30, une veuve et ses deux enfants, Joseph (20 ans) et Suzanne (16 ans), s'installent dans un bungalow en Indochine afin d'exploiter une rizière. Luttant contre les autorités coloniales autant que les banquiers, la mère projette de bâtir un barrage avec l'aide des villageois afin d'empêcher la crue des eaux, tout ça pendant qu'un riche propriétaire chinois s'entiche de la belle Suzanne.

Un film qui mise beaucoup sur Isabelle Huppert, une actrice surestimée qui joue toujours la même bourgeoise déplaisante, qui est ici exacerbée, tant et si bien qu'on se demande pourquoi ses enfants ne mettent pas finalement leur menace à exécution et qu'ils ne s'enfuient pas au plus tôt de cette désagréable sorcière qui n'a apparemment aucune qualité. D'autant qu'à ses côtés, Gaspard Ulliel est plus monotone (et mieux sculpté) qu'une statue grecque et Astrid Berges-Frisbey, magnifique, ne joue véritablement qu'à de très rares occasions. À leur décharge, disons que les émotions clairsemées du film de Rithy Panh ne sont que très rarement justes ou nécessaires, et que les personnages, dans un cadre cinématographique, ne sont pas assez détaillés pour qu'on s'y attache de quelque manière que ce soit.

Tout en suivant apparemment assez fidèlement la structure dramatique du livre sans en avoir la précision exceptionnelle ou l'audace structurelle, le film occulte plusieurs personnages secondaires importants qui auraient pu l'inscrire comme une chronique d'un autre temps et d'un autre lieu; on a plutôt droit à un exotisme didactique avec l'éternelle scène de baignade d'enfants nus. La transmission d'informations, simpliste et ostensible, devient vite désagréable. En plus d'alourdir inutilement le récit, ces séquences ultra-symboliques manquent de nouveauté et ancrent davantage le film dans le mélodrame pur et simplet. D'autant qu'Huppert en a fait une spécialité.

On peut facilement comprendre ce qui fait l'échec de Un barrage contre le Pacifique : une simplification excessive et une crainte (certainement déplacée) de respecter la forme originale du roman. On a plutôt cherché le consensus, le drame facile, les acteurs vedettes et l'histoire inspirante. Mauvaise décision.

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Photo Karl Filion

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