Affiche du film Un baiser s'il vous plaît
© K-Films Amérique

Un baiser s'il vous plaît

Version originale en français
6 mai 2008

Volontiers!

Photo Par Karl Filion
Une délectable petite comédie raffinée où tout tombe merveilleusement en place. La narration vivifiante, les dialogues savoureux et les comédiens modestes et convaincus rendent Un baiser s'il vous plaît plus succulent encore que le plaisir coupable du baiser, parce que ce dernier ne se partage habituellement qu'à deux. Mais Un baiser s'il vous plaît peut se partager à deux, à trois, à quatre ou plus, et c'est une excellente nouvelle, pour l'amour, l'amitié, Schubert et le reste.

Alors qu'elle est de passage à Nantes, Émilie rencontre par hasard Gabriel et passe une agréable soirée avec lui. Alors qu'ils sont sur le point de se quitter, il essaie de l'embrasser. Elle aimerait bien, mais ils sont tous les deux en couple, et Émilie se souvient de l'histoire de Judith et Nicolas, deux amis pour qui un baiser a tout changé, et non sans conséquences.

On reprochera facilement à Emmanuel Mouret d'être trop volubile, mais ce serait se méprendre grossièrement sur ses intentions. Pas que l'image ne soit pas utile à son récit; au contraire, il prouve à plusieurs reprises qu'un travail minutieux ajoute aux mots et à l'incongruité des situations. D'autant que ses dialogues intelligents sont un véritable délice pour les oreilles; d'abord grâce à leur musicalité (et de l'utilisation du mot « cela », totalement surréelle), qui rend les longues séquences parlées aussi dynamique que pourrait le faire un montage plus serré et aussi passionnant qu'une essoufflante scène d'action. La maladresse avec laquelle Mouret et Ledoyen s'expriment un amour inavouable est d'une finesse délicieuse, tout près de ce que doivent ressentir les comédiens qui doivent jouer des scènes d'amour incongru au cinéma.

Et la morale s'enflammerait pour moins - ils sont quand même très infidèles, et souvent - si Mouret n'était pas si compréhensif sans être guimauve avec ce qui semble être l'amour, objet embarrassant s'il en est un, spécialement au cinéma. Mais parce que les personnages réfléchissent à haute voix, cherchent désespérément à éviter l'amour, leur quête devient à la fois valeureuse et amorale, comme l'exprimera la seconde partie, plus sombre, du film. Le ton n'est jamais si léger qu'on pourrait a priori le croire, même que les personnages demeurent lucides et luttent de toutes leurs forces contre cet amour non-désiré là où les autres se laisseraient simplement tomber dans le stupre et la fornication. La conclusion est tout de même inévitable et n'a, au fond, aucun intérêt, puisque c'est le chemin pour s'y rendre qui séduit le plus. Un peu comme l'amour lui-même, aimerait-on penser.

Une comédie romantique pas comme les autres qui évite les clichés et qui regorge de surprises. Trop poli, Nicolas (Mouret lui-même, doté d'un sens inné de la comédie) est le héros idéal pour une histoire cocasse pendant qu'Émilie (Julie Gayet, responsable du penchant dramatique), joue à fleur de peau avec sensibilité et retenue. Et on ne le croirait pas mais, même lorsqu'il va au-delà de son potentiel comique en ajoutant une dernière scène encore plus belle que la précédente, Un baiser s'il vous plaît gagne encore son pari.
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Photo Karl Filion

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