Affiche du film  Tu dors Nicole
© Les Films Séville

Tu dors Nicole

Version originale en français
v.o.a. : You're Sleeping Nicole
19 août 2014

La séduisante absurdité du quotidien

Photo Par Karl Filion

Les détails. Une chute d'eau animée dans un cadre (lui-même dans un cadre, le cinéma). Un noir et blanc saisissant. Une banlieue, mais unique, comme toutes les autres. Hors du temps. Des dialogues fins, un humour désopilant. Comme on dit en islandais : taìvanska. Le pouvoir de suggestion du cinéma. Le rythme, les silences. Des interprètes convaincants. Peut-être le meilleur film québécois de l'année.

Stéphane Lafleur, qui présente avec Tu dors Nicole son troisième long métrage (peut-être sans doute son meilleur), récidive avec un film en apparence simple, mais si finement écrit et mis en scène qu'il ne cesse d'étonner. Dans l'émotion autant que dans le rire (qui est une émotion aussi, en fin de compte), le long métrage démontre une maîtrise bluffante du langage cinématographique, conférant à l'ambiance sonore, au montage et au hors-champ un pouvoir de suggestion stimulant même pour le cinéphile le plus néophyte.

Le récit tire vers la chronique, sorte de portrait éphémère d'un été de transition dans la vie de jeunes adultes (le terme étant particulièrement bien adapté), mais d'habiles revirements scénaristiques - en plus de l'humour juste assez décalé, comme cet enfant à la voix d'homme mûr et son regard sur la vie - ne cessent de ponctuer un récit qui, malgré qu'il ne bouleverse rien, n'est certes pas un fleuve tranquille. La séduisante absurdité du quotidien. Comme cet homme louche qui rôde en voiture dans le quartier en pleine nuit.

Julianne Côté saisit à merveille cet état d'entre-deux que les « étudiants » associent à l'été et qu'il est bien difficile d'envisager autrement une fois adulte. Sauf qu'on est bien obligé. La recrue Catherine St-Laurent, d'un charisme fou, et les Marc-André Grondin, Francis La Haye et Simon Larouche, sont tous convaincants et, à leur tour, drôle et/ou émouvant, mais c'est Côté qui représente l'invasion pernicieuse de la vie d'adulte dont il est question ici. Le sous-texte, jamais envahissant, saute sans cesse la barrière (psychologique) entre l'enfance et l'âge adulte, proposant, sur ce thème surutilisé au cinéma, un regard singulier.

En complément (et non le moindre), la magnifique direction photo de Sara Mishara, et ce noir et blanc délicat au service du récit, ajoutant une complexité temporelle au film et magnifiant des moments illustrant avec emphase la simplicité grandiose du quotidien. Vraiment, Tu dors Nicole est un film à ne pas manquer. On y retrouve un humour exigeant, mais d'autant plus efficace qu'il ne se contente pas de vulgaires punchs et qu'il ne cesse d'étonner, et on peut y constater la signature d'un auteur qui, depuis Continental, un film sans fusil, s'est raffiné, autant dans l'écriture que dans la mise en scène.

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Photo Karl Filion

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