Affiche du film Truffe
© Christal FIlms

Truffe

Version originale en français
21 août 2008

Une truffe... au chocolat?

Photo Par Karl Filion

L'atmosphère absconse installée dans Truffe créera un immense fossé d'incompréhension. D'abord parce que la proposition est audacieuse, pour dire le moins, et qu'elle est respectée du début à la fin. C'est un tour-de-force, mais c'est aussi le principal risque inhérent à présenter au public, qui cherchera toujours à restaurer une logique rendue inutilisable, un film qui ne s'impose aucune règle. Kim Nguyen se présente torse nu devant une foule munie de fouets : on peut supposer que, à cause de la frustration, il recevra quelques coups bien sentis, mais aussi que certains, plus calmes, resteront cois et interrogateurs face à ce film inachevé mais prometteur.

Dans Hochelaga-Maisonneuve, la récolte des truffes noires est abondante et le petit restaurant de Charles et Alice, dont la spécialité est la poutine aux truffes, en profite grandement. Doté d'un odorat exceptionnel, Charles est le meilleur cueilleur du quartier. Mais le prix de la truffe chute subitement, et Charles doit chercher un emploi, qu'il trouvera à La maison des cols, mystérieuse compagnie qui vient de s'installer dans le quartier.

Dès les premières minutes du film, le noir et blanc frappe par sa beauté et son raffinement. Ces teintes de gris sont normalement méprisées ou incomprises; elles sont pourtant d'une profondeur rare dans Truffe. Le récit aussi peut se vanter d'installer en quelques minutes les prémices d'une histoire spécialement intéressante, en tout cas très mystérieuse, qui ne s'avérera pas à la hauteur des espérances. Diluée dans un humour tout aussi incongru (mais certainement pas raté), l'histoire n'atteint pas les recoins attendus à cause de quelques inévitables (élément déclencheur, péripéties, etc.) dont on semble s'être débarrassé. Dommage.

Décevant aussi que la finale règle tout aussi facilement et simplement; Nguyen ne s'était pas contenté de simplicité jusque là, il s'était même cassé la tête, dommage qu'il lui faille terminer son film comme le ferait n'importe quel feel-good movie. Parce que Truffe n'est pas un feel-good movie, oh non!, c'est une « expérience cinématographique », pour le public autant que pour ses auteurs, qui ont fait de nouveaux mélanges pas tous convaincants. Cela donne des interprétations bizarres (j'ai bien essayé d'utiliser d'autres mots que celui-là, mais tôt ou tard...), exagérées. C'était probablement exactement ça l'intention, mais cela n'aide pas le film à frapper plus fort, émotionnellement ou dramatiquement.

Un film d'auteur qui essaie quelque chose, sans aller au bout de ses possibilités. C'est excitant pour l'avenir et tout cinéphile psychotronique qui se respecte y verra une proposition audacieuse digne d'intérêt. Ah! et en passant, il ne s'agit pas de truffes au chocolat; ce n'est pas doux, ce n'est pas sucré, ce n'est pas rassurant et ce n'est pas un péché. Mais qu'est-ce que c'est?

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Photo Karl Filion

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