Affiche du film  Triple 9
© Remstar

Triple 9

Version en français
v.o.a. : Triple 9
24 février 2016

Du rififi chez les hommes

Photo Par Martin Gignac

À quand la version du réalisateur, le fameux director's cut qui fait souvent toute la différence? C'est l'unique question qui se pose en voyant Triple 9, un suspense musclé qui paraît bien incomplet.

Baignant dans les conventions les plus élémentaires, le thriller réunit forces de l'ordre vertueuses, flics corrompus, criminels endurcis, malfrats avec un coeur au bon endroit et mafia russe au centre d'un jeu de chats et de souris où les méchants tentent d'assassiner une recrue de la police - et ainsi déclencher le code 999 afin de faire déplacer tous les bons au même endroit au même moment - pendant que des complices braquent un édifice. Le plan ne se déroule évidemment pas comme prévu.

Cette trame narrative pétrie de clichés sur les mensonges, la trahison, la suspicion et la morale décadente manque cruellement d'impact. Tout a déjà été vu en de multiples occasions de façon beaucoup moins superficielle. De nombreux enjeux sont soulevés sans être le moindrement explorés et cette propension à constamment titiller la fibre familiale comme dans le prenant We Own the Night de James Gray s'avère finalement plaquée. Les personnages sont tellement nombreux que le récit aurait pu s'étirer sur au moins trois heures. C'était peut-être le cas à l'origine, avant que des producteurs sabotent l'entreprise en coupant les coins ronds afin d'offrir un produit plus facile à vendre... à digérer et à oublier.

La prestigieuse troupe de comédiens tente du mieux qu'elle le peut de soutirer quelque chose de ces êtres à peine esquissés. Chiwetel Ejiofor y arrive haut la main en nuançant allègrement son jeu. C'est également le cas d'Anthony Mackie qui s'affranchit avec succès de son rôle de Faucon chez Marvel. Aaron Paul n'a toutefois pas la marge de manoeuvre requise et Casey Affleck n'est que la figure monolithique du gentil de service. Incapable de manier l'accent russe, Kate Winslet fait bien piètre figure, alors que Woody Harrelson réussit à éclipser sa moustache molle pour incarner un autre flic tourmenté, entre ceux de Rempart et de la série True Detective.

Habitué à manoeuvrer dans toute cette testostérone, le cinéaste John Hillcoat (Lawless, The Road, The Proposition) offre un nouveau western violent dont les moments chargés en émotions fortes sont réglés au quart de tour. Il a cependant plus d'affinité lors des séquences explosives. C'est là qu'il arrive à se détacher de la bêtise de son scénario en se laissant complètement aller. Son montage est nerveux, son rythme rugueux et bien que l'ombre du brillant Heat de Michael Mann n'est jamais bien loin, il y a suffisamment de scènes maîtrisées (comme l'introduction ou le passage du bébé) pour satisfaire les amateurs du genre. La photographie soignée de Nicolas Karakatsanis (Bullhead) et les dérangeantes mélodies électroniques d'Atticus Ross et de ses acolytes ajoutent à créer un climat de suffocation.

Faible tributaire d'un riche héritage du film de braquage qui comprend les illustres The Asphalt Jungle de John Huston et Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville, Triple 9 ne prend nullement en adage les propos d'un des personnages: "Les règles sont différentes ici". Au contraire, le long métrage reprend exactement ce que le spectateur attend, palliant son manque d'originalité par une distribution exemplaire. Personne n'est dupe et à moins que le DVD comporte effectivement une version plus satisfaisante (c'était le cas de Kingdom of Heaven de Ridley Scott et les exemples sont légion), le produit présenté ici est indéniablement inférieur à la somme de ses parts.

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Photo Martin Gignac

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